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« Afro ! » est un recueil de témoignages et de photographies sur le cheveu naturel, paru en novembre dernier aux éditions Les Arènes. Rencontre avec Greta, Ella, Fabrice et Selma, qui, lors de la soirée de lancement du livre, nous ont glissé des anecdotes cocasses sur leur chevelure…

L’auteure et journaliste Rokhaya Diallo et la photographe Brigitte Sombié, ont rassemblé dans ce livre les portraits de 110 Parisiens, adeptes du cheveu crépu ou frisé, des tresses ou des dreadlocks. On retrouve Ella à la page 186. Fin 2014, Brigitte Sombié, la photographe, a contacté sa maman, Greta, pour qu’elles figurent toutes les deux dans « Afro ! ».

À quatre ans et demi, Ella est déjà nappy (contraction de natural and happy) : ses cheveux n’ont jamais été dénaturés. Greta n’a jamais défrisé les boucles enfantines originaires d’un métissage transcontinental, héritées de ses ascendants aborigènes d’Australie, afro-canadiens et camerounais. Mais aujourd’hui, cette petite fille rêve d’une autre apparence capillaire. « En ce moment, Ella est obsédée par la Reine des Neiges. Elle veut être blonde et lisse. Alors elle met sa capuche, puis enroule son blouson pour avoir l’impression d’une longue chevelure », rapporte sa mère en riant. Mais Greta, elle-même frisée, ne cédera pas : « c’est tellement beau, c’est un cadeau. Et puis les produits chimiques sont tellement mauvais pour la santé. On ne doit pas détruire nos cheveux pour un idéal européen ».

« T’es pas coiffé, faut couper »

Fabrice

Fabrice a atterri dans ce livre à la demande de Rokhaya Diallo, qu’il avait déjà rencontrée. Il a accepté car « c’est nécessaire pour les générations futures ». Ce danseur et chorégraphe de 37 ans partage tout sourire, le rapport des autres à son afro, qu’il porte depuis quinze ans. Il a déjà eu affaire à un « bonjour madame », des « est-ce que je peux toucher », ou encore à des « je suis désolé, je ne peux pas résister » de personnes glissant sans autorisation la main dans ses cheveux. Mais pour lui, le plus compliqué, « c’est quand quelqu’un de la communauté noire te dit : t’es pas coiffé, faut couper ».

SelmaQuant à Selma, sa double page dans « Afro ! » vient de sa réponse à l’annonce de Rokhaya Diallo sur les réseaux sociaux. Le projet l’a attirée car elle souhaitait valoriser sa différence. Surtout qu’elle est le « paquet surprise de sa famille ». « Mes parents sont Algériens. Je suis la seule de ma famille à avoir les cheveux crépus. On a tendance à oublier que l’Algérie, c’est en Afrique ». Son chignon crépu, dressé en « puff » sur le côté, n’a pas été sa coiffure la plus problématique. « Aux alentours de la vingtaine, je mettais souvent des foulards, pour aller plus vite. Et c’est plutôt ça qui m’a posé des problèmes quand je travaillais pour l’Éducation nationale », raconte cette libraire de 29 ans.

Qu’il soit libre, autant que peut l’être le cheveu crépu, locksé ou même tressé, le cheveu naturel est sans conteste le personnage principal du livre « Afro ! ». On y retrouve un large panel de chevelures d’hommes et de femmes de tout âge, présentés dans un texte à la première personne. Rokhaya Diallo a aussi intégré des contributions de spécialistes. Comme Virginie Sassoon, sociologue des médias, qui parle du cheveu comme « arme de reconnaissance ». Ou Maboula Soumahoro, civilisationniste, racontant l’histoire des dreadlocks, qui offrent « un exemple complexe du dialogue entre le continent africain et sa diaspora ».

Ressembler à T-Boz des TLC

Parmi ces 110 personnes qui ont accepté d’être photographiées dans leur quartier favori, on redécouvre des personnalités politiques, des chanteuses, des comédiennes, des danseurs, des cinéastes et des journalistes. Comme Christiane Taubira, qui revient sur son adolescence dans une école privée, où « porter les cheveux lissés faisait partie des concessions ». China Moses, qui a essayé le défrisage chimique « pour ressembler à T-Boz des TLC ». Ou encore Nacira Guénif-Souilamas, qui rappelle que pendant l’Apartheid, le niveau de « crépitude » déterminait l’appartenance ou pas au groupe opprimé.

Rouguyata Sall

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