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Mardi 11 octobre, la Commission nationale consultative des droits de l’homme organisait un colloque sur « Ouvrir regard de l’autre », en partenariat avec le Bondy Blog. Ici vous découvrirez l’essentiel de la table-ronde consacrée à la déconstruction des préjugés.

Comment déconstruire les préjugés, ceux qui ouvrent la voie au racisme et à l’intolérance ? Quels éléments de notre présent et du passé nous permettent de déconstruire ces stéréotypes ? C’est à ces questions que le colloque « Ouvrir le regard porté sur l’autre » organisé par la Commission nationale consultative de droits de l’homme (CNCDH) a tenté de répondre ce mardi, en partenariat avec le Bondy Blog. Une rencontre qui, pour la première fois pour la CNCDH, s’est tenue au-delà du périphérique, dans la commune de Saint-Denis (93). Une présence qui prend tout son sens pour qui souhaite lutter contre les préjugés, les habitants des quartiers populaires, ces derniers étant très souvent victimes d’assignations voire de discriminations liées à leur lieu de résidence.

Animée par Latifa Oulkhouir, présidente du Bondy Blog, cette première table-ronde a réuni Pascal Blanchard, historien et chercheur associé au CNRS, Nacira Guénif-Souilamas, sociologue, anthropologue et professeur à Paris 8, Nonna Mayer, directrice de recherche au CEE/CNRS/Sciences Po et membre de la CNCDH et Samir Mile, président de l’association La Voix des Roms.

Qu’est ce qu’un préjugé ? Comment se construit-il ? Il est défini comme le fait pour un individu de porter une opinion préconçue sur un individu ou sur un peuple, adoptée sans examen. Personne n’est évidemment à l’abri de nourrir ces préjugés. Le danger c’est qu’il peut être à la source d’un racisme structurel qui se manifeste de manière « insidieuse » et qui « présente l’autre dans des rôles de subordonnés » relève Nonna Mayer. Eviter que les stéréotypes ne produisent des discriminations, une tâche qui incombe à l’Etat, garant de l’égalité entre tous les individus quels qu’ils soient. Or, il peut arriver que l’Etat ou ses appareils contribuent à « la production de stigmatisations et de préjugés », affirme Nacira Guénif-Souilamas. Une idée partagée par Pascal Blanchard qui tient à préciser que s’il peut arriver à l’Etat « de produire des préjugés c’est parce que l’Etat est lui même le produit d’une histoire« . « L’Etat-nation reproduit les stéréotypes du fait de cette histoire », poursuit-il, amenant à réfléchir sur le poids des histoires, celle de la guerre d’Algérie par exemple ou celle du régime de Vichy durant lesquels des individus ont été tués et exterminés. « N’oublions pas que l’histoire nous façonne et que l’histoire impériale et coloniale sont pour beaucoup de nos préjugés« , précise-t-il. Cette histoire coloniale qui a produit une culture coloniale, poursuit-il, a légitimé le fait qu’il était normal que des êtres humains n’avaient pas les mêmes droits que d’autres. Ce n’est pas seulement l’héritage d’une histoire. C’est aussi l’héritage d’un inconscient collectif, d’une manière de penser. Un héritage du passé seulement ? Non, répond Nacira Guénif-Souilamas qui appelle à parler de « colonialité au présent et non pas qu’au passé car il y a encore aujourd’hui en France une colonialité présente qui se traduit par une volonté de vouloir domestiquer une partie de la population en tentant de lui inculquer la bonne manière d’être français ».

La classe politique porte une responsabilité dans l’entretien et la prégnance de ces préjugés. Pourtant, souligne Nonna Mayer, « c’est d’elle qu’on devrait entendre la parole antiraciste ». Samir Mile, président de la Voix des Roms, donne pour exemple les propos de Manuel Valls en 2013 alors ministre de l’Intérieur qui avait déclaré qu’ils « ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation » : « nous le savons tous, la proximité de ces campements provoque de la mendicité et aussi des vols, et donc de la délinquance ». Et d’en conclure : « les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie ». Samir Mile annonce d’ailleurs saisir la Cour européenne des droits de l’homme pour ces propos de Manuel Valls. Samir Mile pointe du doigt l’attitude discriminatoire de l’Etat vis-à-vis de personnes Roms qui se reçoivent des obligations de quitter le territoire français alors qu’ils sont sur le territoire d’une commune depuis longtemps ou bien la destructions de biens de citoyens français lors des expulsions. Pour Nonna Mayer, les Roms restent « de très loin la catégorie la plus rejetée en France avant les musulmans ». Samir Mile appelle à faire un travail de terrain, de pédagogie et de proximité avec les habitants concernant les Roms.

Pour Nonna Mayer, « les forces de racisme sont multiples et plus insidieuses et c’est ce racisme implicite qui est véhiculé« . Parfois même, « les stéréotypes même positifs sont dangereux et polyvalents et peuvent se retourner contre les personnes ». Et de citer des « stéréotypes qui, à première vue sont positifs par exemple  »ce sont des travailleurs s’agissant des personnes d’origine asiatique » – mais sont tout autant dangereux ». Pour Nacira Guénif-Souilamas, il y a un même un « racisme vertueux notamment anti-musulmans« , un racisme vu comme patriote et légitimé politiquement.

Reste que pour Pascal Blanchard, les « préjugés ne vont jamais disparaître mais nous pouvons œuvrer à ce qu’ils ne provoquent pas de discriminations« . Une lutte contre les stéréotypes « qui passe inévitablement pas la force de la loi. ».

Mimissa BARBERIS

Colloque « Ouvrir le regard porté sur l’autre« , organisé par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) mardi 11 octobre 2016 à Saint-Denis (93) en partenariat avec le Bondy Blog.

Compte-rendu de la deuxième table-ronde ici.

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