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Je n’ai pas encore commencé que j’entends déjà vos sarcasmes : encore un texte sur ces jeunes qui croient que l’islam se résume à manger de la viande tuée selon le rite islamique… Non, il ne s’agit pas de viande à proprement parler, mais bel et bien de femmes. Je vous parle d’un phénomène que les plus de 25 ans ne peuvent pas connaître. Au sein des nouvelles castes de la zone suburbaine, halal possède bien plus que la signification qu’on lui donne habituellement. Halal, c’est un statut auquel seules les filles vertueuses peuvent accéder.

Il s’agit là d’un phénomène assez récurrent chez les jeunes, et pas seulement chez ceux des banlieues. Un mélange de mauvaise interprétation religieuse, de dédain pour la gente féminine et de banalisation de la sexualité.

Pour les Tartuffe des temps modernes, avoir une copine « halal » ne signifie pas ne pas succomber au péché de chair, bien au contraire. Cela signifie seulement préserver sa future femme en s’abstenant d’entretenir des relations sexuelles avec elle, mais en s’autorisant des rapports avec d’autres filles. Mais que ressentent ces « élues, halal parmi les « souillées », comment vivent-elles des relations aussi tortueuses ? Miriam et Sofia ont accepté de partager avec nous leurs différentes expériences.

Après maintes et vaines tentatives de balançage sur la banquette arrière et un bon nombre d’avances tendancieuses se soldant par des échecs, un charmant jeune homme fit une proposition assez exotique à Miriam. Il commença par un plaidoyer sur l’importance du sexe dans une relation de couple, puis lui fit part de son projet haute définition : « Bon, ok, alors dans ce cas t’es ma halal, mais je vois des autres meufs à côté », lui dit-il. « T’es ma halal ! » Miriam s’est longtemps demandé ce que ça pouvait bien vouloir dire. « Au début, j‘ai pas bien compris où il voulait en venir, mais il insistait tellement sur le fait que je ne veuille pas avoir de relations avec lui que j’ai fini par comprendre. »

Difficile d’ériger ce cas en généralité. Impossible de compter les adeptes de ces pratiques. Cependant, sur la base de plusieurs témoignages, on peut dire que de nombreux couples fonctionnent ou dysfonctionnent ainsi. Les garçons voulant préserver leur future femme, coucher avec elle leur est totalement inconcevable et serait à leurs yeux un manque de respect ; en revanche, coucher avec d’autres filles ne leur est absolument pas interdit, du moins selon eux.

C’est le cas de Youcef, qui a entretenu pendant près d’un an une relation platonique avec Miriam tout en « voyant » d’autres filles à côté, avec lesquelles il avait bien entendu des relations sexuelles. Miriam me confie que bien que réticente au début, elle a fini par accepter cet étrange marché, avec toutefois, cette condition : « Si j’apprends qu’il a une relation amoureuse avec des vrais sentiments, là je considère qu’il y a tromperie, et je le quitte. »

Tout le monde n’a pas le flegme de Miriam. Sofia, par exemple, qui a vécu pendant trois ans une relation amoureuse avec Karim. Il n’a jamais été question pour eux de faire l’amour sans qu’une union n’ait été préalablement prononcée. Principe auquel ni l’un ni l’autre n’avaient l’intention semble-t-il de déroger. Mais jamais non plus, Sofia n’a entendu de la bouche de Karim le fameux « t’es ma halal ». Son étonnement n’en fut que plus grand lorsqu’elle apprit que Karim prenait des libertés avec l’abstinence qu’il prônait.

« Lorsque j’ai entendu des bruits comme quoi Karim voyait d’autres filles, je n’y ai pas cru du tout. Il m’a fallu des mois pour voir la vérité en face et quand je lui ai dit que je savais qu’il couchait avec des filles, il m’a dit qu’il ne m’avait jamais trompée, que ce n’était que pour le sexe, qu’il m’avait toujours respectée, car il ne m’avait jamais salie. » Sofia a donc préféré mettre un terme à cette relation instable. Filles et garçons n’ont manifestement pas la même notion de l’adultère, ni celle du respect mutuel.

Cette pratique d’un genre nouveau, qui prend la religion pour alibi mais qui en réalité s’en éloigne, ne peut en aucun cas être ramenée à cette dernière. Les relations sexuelles avant le mariage sont prohibées par l’islam, le catholicisme ainsi que le judaïsme, tant pour les garçons que pour les filles. Cet interdit sera respecté pour peu que le jeune homme et la jeune femme conviennent de vivre leur amour dans cette voie religieuse.  Le « t’es ma halal » souligne, en fait, un problème récurrent de misogynie, où la femme est considérée purement et simplement comme un objet d’assouvissement d’un besoin.

Rassurons-nous ! Cela ne concerne pas tous les jeunes hommes, il existe encore de vraies histoires d’amour, même si certains chantent que dans les cités le mot « je t’aime » s’est jeté par la fenêtre…

Widad Kefti

Widad Kefti –

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