photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

La nouvelle est passée inaperçue. Cela vaut qu’on s’y intéresse. Le 3e Forum Espoir banlieues, le rassemblement annuel des associations de quartiers organisé par Fadela Amara, devait se tenir vendredi 12 février à l’Acropolis de Nice. Il a été reporté au 9 avril, au même endroit, assure-t-on au secrétariat d’Etat à la ville. Reporté et pas annulé, donc. Sauf que d’ici là, dans l’après-régionales de mars, l’ancienne présidente de Ni putes ni soumises aura peut-être fait les frais d’un remaniement gouvernemental. Et alors, pas plus de 9 avril que de 12 février.

Les explications avancées par le cabinet de Fadela Amara pour justifier le report du forum niçois sont à première vue d’ordre technique. Mais elles apparaissent bien vite pour ce qu’elles sont : de mauvaises raisons qui cachent une perte de souveraineté – déjà très limitée – de la secrétaire d’Etat, dont le champ d’action se résume aujourd’hui à l’inauguration de chantiers de la rénovation urbaine. Ce n’est pas l’annonce, le 10 février, en duo avec le ministre de l’éducation nationale Luc Châtel, de l’ouverture prochaine de onze internats d’excellence qui changera cette impression. Fadela Amara est plus que jamais sous tutelle, politique et financière.

Les raisons fournies, les voici : il aurait été difficile de faire vivre le 3e Forum Espoir banlieues alors que Nice vibre pour son carnaval, qui s’est tenu ce week-end. Ensuite, les politiques, accaparés par la campagne des élections régionales, auraient manqué à l’appel. Or le secrétariat d’Etat à la ville tient à leur présence sur les stands du forum, pour lui conférer plus d’éclat. Enfin, le budget de la manifestation n’est toujours pas bouclé. Coût estimé : 150 000 euros. « Nous négocions le prix de la location des stands à l’Acropolis. La mairie de Nice (dirigée par le ministre de l’industrie Christian Estrosi, ndlr) devrait prendre une partie des frais à sa charge », explique un fonctionnaire du secrétariat d’Etat.

Ces difficultés financières en disent plus que tout autre chose sur la marge de manœuvre de Fadela Amara. C’est la peau de chagrin. On est bien loin des réjouissances de la première édition du forum, le 22 janvier 2008 à Vaulx-en-Velin. Mais à cette occasion déjà, on avait pu mesurer le peu de considération politique accordée par le président de la République à la secrétaire d’Etat. A la tribune, elle avait dû partager la vedette avec Christine Boutin, qu’elle détestait. Et c’est le 8 février seulement que la totalité du Plan Espoir banlieues avait été dévoilé par Nicolas Sarkozy, à l’Elysée – il l’aurait présenté à Vaulx-en-Velin, ça aurait eu une autre gueule.

A Dreux, l’an dernier, la deuxième édition du Forum Espoir banlieues avait couté 250 000 euros. La facture a sans doute fait un peu tousser. Foie gras, saumon, liqueurs d’Aquitaine… On s’était régalé en Eure-et-Loir. Pour moins cher, cela dit, qu’au sommet de l’Union pour la Méditerranée, en juillet 2008, sous la verrière du Grand-Palais : 16 millions d’euros qui avaient fait beaucoup tousser le président de la cour des comptes à l’époque, Philippe Séguin.

Fadela Amara en est réduite à marchander le budget de l’événement qui reste son seul véritable lien avec les « quartiers ». Voudrait-on lui faire comprendre qu’elle n’a plus sa place dans ce gouvernement qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Antoine Menusier

Articles liés

  • La fête de l’Huma, carrefour mélancolique des gauches en défense

    Tous les ans, la même question revient au moment de la fête de l’Humanité. On se demande qui y va encore. Des vieux communistes, des jeunes parisiens, des familles ? Y a-t-il encore des gens qui y vont pour autre chose que les concerts et l’alcool ? Et, finalement, trouve-t-on encore quelque chose de politique à la fête de l’Humanité ? Difficile de réfléchir comme ça, là-dessus : la question a été mal posée.

    Par Wassily Carpentier
    Le 17/09/2019
  • Les maires du 93 ne se plaignent pas, ils portent plainte !

    Samedi 8 septembre, sur le parvis de la préfecture de Bobigny, les maires de Stains, de Saint-Denis, de l’Ile-Saint-Denis, de Bondy et d’Aubervilliers ont officialisé leur désir de porter plainte contre l’Etat. L’objectif de ce recours en justice est simple : obtenir une reconnaissance des besoins essentiels du département par l’Etat et un dédommagement en conséquence.

    Par Audrey Pronesti
    Le 10/09/2019
  • A Clichy, le gouvernement lance les « Cités éducatives », héritage du plan Borloo

    Julien Denormandie a fait sa rentrée à Clichy-sous-Bois. Toute une semaine de permanence en Seine-Saint-Denis pour le ministre de la Ville et du Logement, durant laquelle il en a profité pour lancer officiellement les « Cités éducatives » en compagnie du ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Reportage.

    Par Héléna Berkaoui
    Le 07/09/2019