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« Instable », « galère », « lent » : voici les trois mots qui viennent spontanément à la bouche des trois usagers réguliers du RER A qui ont accepté de répondre à mes questions. Aude a 26 ans et son parcours du combattant s’étend chaque jour de Nation à Nanterre-Préfecture (92) où elle exerce le métier d’assistante marketing depuis presque deux ans. Avant cela, elle avait un emploi situé à La Défense. Dès cette époque, elle aurait pu emprunter le RER A, mais elle préférait la ligne 1. Désormais, elle n’a plus le choix, et pour elle, la différence est flagrante. « Y’a pas photo. »

Et pourtant si, il y a photo. Les photos que Michelle n’hésite pas à prendre avec son petit téléphone portable chaque fois qu’il y a problème. Michelle, 35 ans, est une jeune maman qui nous vient des Etats-Unis et cela fait déjà 10 ans qu’elle se délecte des péripéties touristiques de notre réseau RER entre Sartrouville et Auber. Malgré un patron au tempérament plus que compréhensif, elle tient à apporter la preuve que ses retards à répétition ne sont pas de son fait. Et pour décrire le confort des heures de pointe, Michelle, qui fait contre mauvaise fortune bon cœur, me dit en riant, dans son charmant franglais : « On est comme des saucisses dans une petite boîte ! »

Michel, 57 ans, ancien commandant de police, décrit la situation avec un plus classique : « On est entassé comme des sardines ! », mais on sent poindre le même ras-le-bol. Il faut dire que notre commandant, aujourd’hui reconverti dans le monde associatif (Michel est référent coordinateur des maraudes pour l’ouest parisien), est d’un naturel ponctuel. Et l’idée de ne pas être à l’heure est un stress de chaque jour.

Prévoyant, avant de quitter son domicile, situé à Noisy-le-Grand (93), direction le centre de Paris, il se donne en règle générale une heure de marge. Evidemment, en termes de fatigue, cela a un coût. Rigoureux, Michel tient tout de même à préciser qu’il n’est pas question de faire un témoignage à charge envers le personnel de la RATP. C’est pourquoi il tient à ajouter cette remarque sibylline : « Ça fonctionne bien souvent, mais ça fonctionne aussi souvent très mal. »

Et c’est vrai qu’il est difficile d’en vouloir aux conducteurs des RER lorsque ceux-ci, comme me le raconte Aude, se montrent solidaires des voyageurs. Ainsi, il n’est pas rare que la jeune femme éprouve une certaine empathie pour la voix qui, au micro, annonce d’une voix lasse : « Désolé encore pour ce retard. Moi aussi j’aimerais bien rentrer tôt car je viens d’avoir une petite fille et il me tarde de la retrouver… »

Mais les messages émanant de la cabine de tête ne sont pas tous aussi sympathiques. Comme ce jour où un voyageur, supportant mal le traitement « saucisse sardine » a été victime d’un malaise. Après un bref arrêt, le conducteur n’y va pas par quatre chemins et dit tout de go : « Toutes nos excuses pour les passagers du wagon où une personne s’est sentie mal, mais le personnel d’urgence n’a pas voulu nettoyer le vomi car il y a déjà trop de retard. » Les portes se referment, la rame redémarre. On imagine l’ambiance dans le wagon concerné.

Michel n’a pas eu envie de rire non plus le jour où sa grande fille qui vit en province, venue passer le week-end avec son cher papa, a raté son train de retour, Gare de Lyon, le lundi matin, à cause d’un énième retard inexpliqué. Dégoûtée, très remontée, elle asséna à son paternel cette phrase terrible : « Je ne viendrai plus jamais te rendre visite ! » Heureusement pour Michel, le calme de la Savoie a depuis fait revenir sa fille à de meilleurs sentiments.

Est-ce de bons sentiments qui inspirent ces jeux curieux auxquels s’adonnent régulièrement le personnel navigant ? C’est notre voyageuse anglo-saxonne qui me décrit ce qu’il se passe à la station Nanterre-Préfecture. Là, il y a deux voies recevant respectivement les trains arrivant de Cergy-Poissy et de Saint-Germain-en-Laye. Pour les voyageurs pressés de se rendre dans la capitale, le but c’est de grimper dans le premier train qui part. Or, il semblerait que régulièrement le personnel s’amuse à donner de fausses infos. Commence alors le ballet des hommes pressés qui au milieu du quai, aux aguets, se précipitent d’un côté puis d’un autre au gré des annonces contradictoires…

Nanterre-Préfecture, c’est la station de toutes les galères. En effet, c’est là que les conducteurs de la RATP sont remplacés par les conducteurs de la SNCF. Et ce changement, qui à première vue ne devrait prendre que quelques instants peut durer jusqu’à une vingtaine de minutes…

On l’aura compris, plus que voyageur, on se sent victime du RER A. Pour pallier la frustration découlant d’une impression de ne rien pouvoir y faire, rendez-vous sur le tout nouveau site http://fuckingparis.blogspot.com/, sur lequel vous pourrez partager vos déboires, les transformer en instant de poésie et pourquoi pas même… philosopher. Ainsi pour Baudelaire, « jouir de la foule est un art ». À méditer…

Frédérique Bedos

Frédérique Bedos –

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