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Les femmes d’émigrés ne se font plus d’illusions. Elles savent que leurs conjoints sont des polygames et s’en font une raison. C’est le cas de B. M., 25 ans, mère de deux enfants et première épouse d’un émigré qui a trois femmes. En seulement six ans de mariage, cette belle jeune femme à la noirceur d’ébène a été rejointe par deux coépouses à raison d’une tous les deux ans. « La polygamie n’est pas un mal. Au contraire, malgré les difficultés, nous essayons de nous entendre et de bien gérer le quotidien. Notre mari fait tout pour nous mettre dans de bonnes conditions, nous essayons de ne pas le perturber par des querelles de femmes », plaide-t-elle entre deux sourires.

Si B. M. semble se statisfaire de cette situation, N. A. F., elle, ne savait pas qu’en se mariant avec P. G., elle liait son destin à celui d’une autre femme. Elle avait rencontré son mari lors d’un Magal (fête religieuse de la confrérie des mourides commémorant le départ en exil de leur guide cheikh Ahmadou Bamba) à Touba. Elle ignorait tout de sa situation matrimoniale jusqu’au jour où elle a quitté le village pour rejoindre le domicile conjugal. « Ce jour-là, j’ai découvert en même temps que mes tantes qu’il avait menti sur toute la ligne. Il avait une femme et deux enfants. Cela a été un choc terrible qui a complètement gâché ma nuit de noces », se remémore-t-elle, la gorge nouée.

Son mari lui avait fait croire qu’il lui avait construit un « château » à Louga. « Tout le village ne parlait que de ça. Mes copines étaient jalouses parce qu’il montrait à tout le monde la photo de la belle maison qu’il m’avait offerte en guise de cadeau. Il m’avait promis que je n’y vivrais qu’à titre provisoire, le temps qu’il m’établisse des papiers pour que je le rejoigne en Italie », raconte-t-elle, d’une voix empreinte de dépit.

En réalité, en plus de sa coépouse et de ses trois enfants, N. A .F. partage son foyer avec la mère de son mari, ses deux sœurs divorcées, les épouses et les enfants de ses quatre autres frères. Depuis ses noces, elle ne l’a revu que lors de ses brefs séjours au Sénégal. Depuis 2003, sa vie se résume aux querelles et bagarres avec sa coépouse ou ses belles sœurs. « Ma belle famille m’accuse d’avoir apporté la poisse. Ma coépouse est jalouse du fils que j’ai donné à notre mari car elle n’a que des filles. Elle complote souvent contre moi pour me mettre en mal avec ma belle-mère et mon mari », souligne-t-elle.

Elle porte une cicatrice au visage, preuve des nombreuses bagarres auxquelles elle prend part. En 2004, Awa a fait un séjour d’un mois en prison en raison d’une querelle qui a dégénéré. Elle avait ébouillanté sa coépouse qui avait essayé de lui sectionner l’oreille. « Je regrette que cela ait entaché ma vie. Désormais, je ne fais plus attention aux quolibets et aux moqueries pour éviter les querelles », dit-t-elle résignée.

Khady Lo

Précédents articles de la série :
Louga, des hommes fantômes et des femmes seules
A la recherche de l’homme idéal
Seule en attendant mieux 2

Khady Lo –

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