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Coup de projecteur sur une idée lumineuse : le frigo solidaire. Porté par les associations CAP ou pas Cap ? et Le Carillon, le projet s’enracine dans le XVIIIe arrondissement, et plus précisément dans le restaurant de La Cantine du 18. Margaux Nasreddine, cheffe de projet, a accepté de nous recevoir. Interview.

Le Bondy Blog : En quoi consiste ce projet de frigo solidaire?

Margaux Nasreddine : C’est un projet qui a émergé d’une réflexion avec le restaurant de La Cantine du 18 et Le Carillon. Ils nous ont contacté chez Cap ou pas cap ? parce qu’on a une certaine expertise en ce qui concerne l’immobilier collaboratif. C’est à ce moment-là qu’on s’est rencontrés. On a vu que nos visions correspondaient et on s’est lancé dans cette aventure. Ce frigo a plusieurs objectifs, le premier est de lutter contre le gaspillage alimentaire. Aujourd’hui si on rassemble toute la nourriture gâchée que cela soit par des commerçants, les grandes surfaces ou les particuliers, ça fait 7 kilos gaspillés par an et par personne en France, c’est énorme. Et à côté de ça, il y a plein de gens qui sont dans une insécurité alimentaire. Le deuxième objectif est de recréer de la solidarité entre les gens puisqu’ils vont se retrouver devant un frigo où ils seront amenés à parler. On propose aussi de montrer aux gens que c’est facile de s’engager dans la transition, et de trouver des solutions à leurs problèmes. Enfin, le but est de venir en aide aux plus démunis, parce que c’est surtout eux qui se retrouvent dans une insécurité alimentaire.

Le Bondy Blog : Ce projet est porté par les associations CAP ou pas cap ? et Le Carillon et s’est installé dans la Cantine du 18. Quel est le rôle de chacun d’entre eux ?

Margaux Nasreddine : La Cantine du 18 est le lieu d’accueil du frigo solidaire. C’est eux qui vont rentrer et sortir le frigo à chaque fois, c’est eux qui vérifient que tout se passe bien. Le Carillon anime un réseau bienveillant entre les commerçants, les habitants et les sans-abris. Ils démarchent des commerçants, ils leur proposent des stickers. Par exemple, quand tu es un sans-abri, tu vas dans un restaurant ou un commerce, si tu vois ce sticker, ça veut dire que tu peux prendre une douche, boire un verre, charger ton téléphone ou encore demander de l’aide. Enfin chez CAP ou pas cap ? nous sommes plus en charge de la construction du frigo et de l’animation sur les réseaux sociaux.

Le Bondy Blog : Où ce projet de frigo solidaire puise-t-il son inspiration ? 

Margaux Nasreddine : Les frigos solidaires, ça se fait beaucoup en Allemagne et même au Canada, dans plein de pays d’Europe. Il y a aussi beaucoup de villes en France qui ont des frigos solidaires. Il n’y en avait pas à Paris, c’est le premier. C’est hyper choquant, parce que d’habitude Paris c’est un lanceur de tendance, ça se passe en premier à Paris après ça se décline en province, alors que là on est en retard.

Le Bondy Blog : Quelle est l’utilité de ce dispositif à un niveau local ?

Margaux Nasreddine : À un niveau local, cela montre aux gens que c’est possible. On n’a pas besoin d’attendre les solutions, on n’a pas besoin d’attendre que l’État nous aide… Au contraire, on peut être acteur de tout ça, acteur d’une société plus humaine, plus solidaire, plus écologique. C’est une alternative citoyenne, un projet local porté par les citoyens ou chacun peut être acteur.

Le Bondy Blog : Avez-vous des appuis parmi les habitants du XVIIIe ?

Margaux Nasreddine : Pas vraiment. Mais on a mené des campagnes de sensibilisation pendant toute la préparation du projet. Le 11 mai 2017, on a lancé la campagne de crowdfunding. Le 28 mai, on a commencé à construire le frigo et le 8 mai on l’a inauguré. Pendant tout ce temps-là, on allait faire de la sensibilisation auprès des commerçants, auprès des habitants. On donnait des flyers, on discutait. Pour que chacun puisse savoir, parce que finalement, il y a plein de solutions mais personne ne sait jamais ce qui a été fait.

Le Bondy Blog : Avez-vous demandé une participation aux commerçants ?

Margaux Nasreddine : Non, c’est juste pour qu’ils viennent, pour qu’ils sachent qu’ils peuvent déposer leurs invendus ici. Par exemple, ce qu’il y a dans le frigo aujourd’hui, les jus et les fruits, ne provient que des commerçants.

Le Bondy Blog : La Mairie de Paris est-elle investie dans des projets similaires à celui-ci ?

Margaux Nasreddine : Nous avons déjà été soutenus par la Mairie de Paris dans des projets précédents. Mais ce que l’on veut montrer, c’est que l’on n’a pas besoin des institutions et que chacun peut apporter des solutions. Nous apportons une solution complémentaire, la Mairie fait des trucs très bien mais nous aussi on peut faire des choses de notre côté.

Le Bondy Blog : Qui peut participer ? Qui peut venir prendre ? Comment cela se passe concrètement ?

Margaux Nasreddine : Tout le monde peut donner ou prendre, la seule question qu’on peut se demander c’est : « est-ce que j’en ai vraiment besoin ? » On peut aussi donner : des produits fermés, non transformés, donc fruits, légumes, yaourts, laitages, viandes mais il faut faire attention à ne pas briser la chaîne du froid.

Le Bondy Blog : Comment avez-vous fait pour sensibiliser les plus démunis, qui n’ont pas forcément accès à l’information ?

Margaux Nasreddine : Les membres de l’association Le Carillon sont allés à leur rencontre, ont pris le temps de leur parler, de leur expliquer avec des flyers spécifiques. Le terrain, c’est leur rôle principal.

Propos recueillis par Fatma TORKHANI

Crédit photo : Patrice Brette

Le Frigo Solidaire, 46 rue Ramey 75018 Paris

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