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La France traverse aujourd’hui une situation paradoxale où, d’un côté, les Français élisent comme personnalités préférées Yannick Noah, Zinedine Zidane, ou Omar Sy, alors que de l’autre côté, comme le constate la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) dans son dernier rapport annuel sur les actes racistes, si pendant longtemps la tendance était au recul des préjugés racistes, tel n’est plus le cas aujourd’hui. Ce double mouvement se retrouve lors des campagnes présidentielle et législatives de 2012 sans leur être spécifique. Aussi, dans un contexte où l’ethnicisation des discours contribue à atomiser la vision de la société française, la question du racisme et de la xénophobie n’est pas un enjeu du passé.

L’expression « musulman d’apparence », succédant au « préfet musulman », toutes deux utilisées par Nicolas Sarkozy, symbolise la tendance à associer intimement religieux, ethnicité, origines étrangères et phénotype en oubliant les autres appartenances sociale, locale, d’âge ou de genre. L’analyse des médias réalisée entre janvier et juin 2012 montre que globalement, le racisme et la xénophobie ne se manifestent plus tant par des petites phrases, que par une saturation du débat public par un certain nombre de thèmes liés à l’immigration, à l’intégration et à l’islam, anglés toujours de façon négative et menaçante. Classiquement, cette évolution conduit à faire émerger une grille divisant la population entre un « eux » et « nous », principalement les Français et les autres, contribuant à développer un racisme du quotidien s’appuyant sur une altérisation d’une partie de la population française et par la mise au pilori des étrangers.

L’agenda politique a été en cela encore en grande partie impulsé par le Front National en même temps qu’une partie de l’UMP a convergé vers lui. Si le FN n’est pas parvenu au second tour de l’élection présidentielle, il n’en a pas moins gagné davantage d’électeurs en 2012 qu’en 2002. Pour avoir voulu récupérer son électorat, la droite parlementaire traverse aujourd’hui une grave crise. De son côté, la gauche se caractérise davantage par son mode réactif. Elle critique fortement sans pour autant proposer un nouveau
paradigme de rapport à l’altérité.

A travers les concepts d’égalité, de laïcité, de république, la France peut trouver en elle les moyens de ressouder le lien social. Pour autant, ces concepts doivent être abordés selon une approche universaliste qui empêche de les voir être pris en otage par un groupe social contre d’autres. Aussi cessons d’envisager, les populations d’après leurs seules appartenances ethnique et religieuse, que cela soit pour les stigmatiser ou pour les valoriser comme au travers de la notion de diversité. Naturellement, cela ne signifie pas occulter ces appartenances… N’oublions pas que, qui que nous soyons, nous sommes riches d’appartenances multiples qui doivent être prises en compte globalement. Vouloir ne s’intéresser qu’à certaines appartenances chez certains de nos compatriotes ne peut amener qu’à une rigidification de la compréhension de la société, d’autant plus dangereuse en période de crise, que les constitutions de boucs émissaires se font plus rapidement.

Réda Didi, Graines de France

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