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Au Jockey Club de Sevran, « Le vrai président, c’est le PMU ». L’endroit, accusé à tort, de ne pas accepter les femmes, est depuis décembre 2016 au centre d’une polémique qui fait crier toute la classe politique. Mais au comptoir du Jockey club, beaucoup de clients se sentent abandonnés du monde politique et médiatique, qu’ils regardent de loin. Reportage. 

« Le président ici, c’est le PMU », plaisante Lakhdar Haddou derrière son comptoir. Ici, dans l’ambiance dominicale d’un bar fréquenté pour ses écrans de courses hippiques, rien ou presque ne laisse paraître qu’aujourd’hui la France vote pour élire son huitième président de la République. Un œil avisé remarquera cependant la carte d’électeur qu’Eloïse, une cliente (tiens ?;-) tient discrètement dans la main.

Ici, ce n’est pas n’importe quel bar, c’est le Jockey Club de Sevran, le plus célèbre PMU du pays, « où l’on rejette les femmes« . Mettons des guillemets car il s’agit ici d’une intox, d’une fake news diront-on aujourd’huu, tout droit née d’un reportage diffusé sur France 2, en décembre 2016. Elle a été démentie, en mars, par une contre enquête du Bondy Blog. Le ciel gris de ce dimanche d’élection laisse tomber un petit crachin frais sur la ville. Et dans le bar, comme dans tous les PMU du monde, la politique nourrit les conversations de comptoir.

En passant la porte du bar, on comprend rapidement la blague du serveur. La majorité des clients est massée dans le fond de la salle, les yeux rivés sur l’écran qui diffuse des courses hippiques en continu. La clientèle ne semble pas touchée par la frénésie politique qui anime d’autres lieux en ce jour de second tour.

« Marine Le Pen s’est auto-détruite pendant le débat mercredi face à Emmanuel Macron »

Pourtant… lancez le sujet au comptoir et voyez comment ils démarrent. « Je n’ai jamais fait ma carte électorale, ni le recensement militaire », raconte celui que tout le monde ici appelle Kiwi. Derrière le comptoir, il sert les clients aux côtés de Lakhdar. « Ça ne change rien de voter. Le Pen fera un gros score, mais elle ne sera pas élue. Elle s’est auto-détruite pendant le débat mercredi face à Emmanuel Macron. Elle ne sait même pas parler. C’est une présidente ça ? » Devant son café posé sur le zingue, Billy* n’est pas du même avis. Il a 27 ans et c’est la première fois qu’il vote. Il a glissé un bulletin blanc dans l’urne. « Mais moi, des deux, je préfère que ce soit le FN qui passe », lâche-t-il, approuvé par son ami. Kiwi s’arrête une seconde : « Des arabes qui votent Le Pen, tu y crois à ça ? » répond-t-il atterré. « Vous voyez ce qui est arrivé à Théo ? Avec le FN, vous allez vous en prendre des matraques dans le c**! »

Après quelques instants de réflexion, Billy revient pour expliquer le sens de son vote. « Je vote blanc pour ne donner sa chance à personne. Moi, je ne travaille pas, je n’ai pas d’aide, rien. Je veux dire que cela ne nous concerne pas. Et je ne suis pas le seul. Je ne suis qu’un parmi des millions ». 

« Mais si j’avais pu voter, ça aurait été Macron, sans hésitation »

Mohamed, 45 ans, boulanger, a déjà été voté. « Macron, je n’avais pas le choix », répond-il comme dépité. « Après, ils font tous des promesses, mais au fond, ils poursuivent la même idée : ils veulent être président ». Le débat de mercredi a fini de le convaincre. Il a trouver la candidate d’extrême droite trop agressive, pas la stature d’un chef d’État. « Moi aussi, j’ai voté Le Pen, bien sûr », plaisante Hamadi, 52 ans, avec son accent algérien. « Ça va sentir les poubelles partout si Le Pen passe. Qui va faire le travail des immigrés s’ils nous revoient chez nous ? » Hamadi n’a pas le droit de vote. Il n’est pas français. Mais s’il avait pu voter, ça aurait été Macron. Sans hésitation. « Avec Le Pen, ce serait une guerre civile dès les premiers mois. ».

Un client suit les courses, imperturbable, adossé au mur d’en face du comptoir sur lequel la contre enquête du Bondy Blog a été affichée. Mais ici, certains habitués de ce dimanche n’ont pas vraiment suivi les rebondissements médiatiques de leur propre histoire, cristallisant fantasmes et crispations identitaires dans le pays lors d’une élection présidentielle où la France attendait une candidate d’extrême droite au second tour depuis des mois. Mais à l’écran, les Jockey continuent d’enfourcher leurs chevaux, comme si de rien n’était. Car ici, le vrai président, c’est le PMU.

Alban ELKAIM

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