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Il fut une époque où ceux que l’on appelait les pauvres et qui l’étaient vraiment étaient soit rmistes, soit SDF. On avait de la peine pour eux, mais sans plus. Depuis, la Seine a beaucoup coulé sous les ponts, les choses évoluant. En mal. Les travailleurs sont devenus pauvres. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’entre manger, dormir, se chauffer, prendre des vacances, il faut choisir ; déshabiller Paul pour habiller Marie.

Joëlle, par exemple. Elle est secrétaire et son mari est agent de sécurité. Ils ont deux enfants de 4 et 8 ans. Ils louent un appartement de type F3 pour un loyer de 700 euros et des poussières. Leurs deux salaires de 1400 euros chacun ne leur donnent pas droit à l’allocation logement. Ce qui fait qu’ils paient leur loyer plein pot, comme on dit. D’ailleurs, ils paient tout plein pot : la cantine, le goûter, le centre de loisirs (faut bien faire garder les enfants quand on travaille), la taxe d’habitation jointe à la redevance télé, les soins médicaux, les impôts… Ils fument chacun un paquet de cigarette par jour, un luxe dont ils ne peuvent pas se passer. Trop accro au tabac qu’ils sont.

Cette année encore, ils constatent que leur situation s’est dégradée. Leurs finances ne leur avaient déjà pas permis de partir en vacances l’été 2008. Pour l’été prochain, ça semble aussi compromis. Ils travaillent tous les deux cinq jours par semaine de 9 heures à 18 heures. Ils ont certes la sécurité de l’emploi (quoique) puisqu’ils sont en contrat à durée indéterminée.

Mais leur fin de mois commence à partir du 15. Joëlle avoue : « Je n’ai pas un euro de côté. Et souvent, à la fin du mois, je dois emprunter de l’argent. J’ai honte mais je n’ai pas le choix. Je suis très déçue par le slogan « travailler plus pour gagner plus » que l’on nous matraquait l’an dernier. On travaille plus mais on a de moins en moins d’argent pour vivre, et ça, ça me fait peur. »

La situation de Sandra, maintenant. Elle élève seule ses trois enfants mais perçoit une pension alimentaire de son ex-mari. « Je suis assimilée fonctionnaire, éducatrice en crèche, je gagne 1500 euros nets après onze ans de service à la mairie de Paris. Ce qui a changé, c’est qu’auparavant, avec 1500 euros, on avait la possibilité de faire des choses telles que partir en vacances. Il y a quatre ans encore, je me permettais de partir au ski avec mes enfants. Aujourd’hui, je peux juste payer mon loyer et manger. Je finis tous mes mois à découvert de 300 euros à peu près. Je trouve dommage qu’après trois ans d’études et onze ans d’évolution dans la même entreprise, je doive faire constamment attention à toutes les dépenses pour mes enfants et moi. Les choses dont je rêvais comme les voyages sont devenus hors de ma portée. Malgré tout, j’ai de la chance dans le contexte actuel. »

Il est inutile de vous préciser que Sandra est en grève aujourd’hui et que la crèche dans laquelle elle travaille est fermée. Elle ira manifester avec ses collègues. Joëlle et son mari, eux, travaillent aujourd’hui. Ils ont confié leurs enfants à la grand-mère. « On ne peut pas se permettre de perdre une journée de travail. De toute façon, ça ne va rien changer, ça se saurait si les manifestations et les grèves étaient la solution. On serait pas dans de caca aujourd’hui. »

Nadia Méhouri

Nadia Méhouri –

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