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Jeudi 5 avril s’est tenu un forum, organisé par le magazine féminin Elle, dans les locaux de Sciences-Po Paris. La plupart des candidats à l’élection présidentielle étaient invités pour répondre aux questions des femmes. Hasard ou pas, les compétiteurs à la course à l’Elysée sont passés dans un ordre ressemblant à la courbe des sondages, au moins pour les trois premiers : Nicolas Sarkozy d’abord, suivi de près par Ségolène Royal puis François Bayrou pour la matinée. L’après-midi, c’est Olivier Besancenot, en veste et pantalon jean’s, qui a ouvert le bal, puis José Bové, à la grande surprise de tous en costard, Dominique Voynet, Marie-Georges Buffet, et le meilleur pour la fin, Jean-Marie Le Pen.

J’ai pu m’adresser directement à Nicolas Sarkozy pour lui poser la question suivante : l’enclavement de nombreux quartiers populaires constitue le socle de nombreux maux dans les banlieues (ghettoïsation, chômage de masse, absence de services publics, de la police à la santé en passant par les transports). Que prévoyez-vous de faire pour mettre fin à cette ségrégation sociale qui sévit aujourd’hui dans notre pays ? En guise de réponse, et sans surprise, un discours bien formaté et naturellement accusateur. Bien que la question posée soit une question sur l’avenir, c’est sur des évènements passés que Nicolas Sarkozy s’est appuyé : « Il faut que les choses soient très claires entre nous : la République, c’est des droits mais c’est aussi des devoirs. Ca n’a jamais rien amélioré de casser la gare du Nord, ni de mettre le feu à la voiture du voisin. La violence n’a jamais rien amélioré « .

C’est comme ça la rhétorique politique, vous posez une problématique de fond, l’on vous répond sur des faits épars. Le candidat UMP ne s’est pas non plus retenu pour donner une image réductrice des jeunes de banlieues, à qui il demande de se lever tôt, car « la vie ce n’est pas se lever à une heure de l’après-midi (…) pour vivre debout et libre, il faut vivre de son travail et non pas de l’assistanat « . Et sur le manque cruel de services publics dans certains endroits enclavés, le patron de l’UMP ne manque pas d’humour et rétorque « qu’on ne vienne pas (lui) dire qu’il n’y a pas assez de services publics en banlieue et qu’on continue à mettre le feu au bus quand il passe, à insulter le machiniste, ou à démolir la gare : car ce sont aussi des services publics !  » Mort de rire Monsieur Sarkozy, mort de rire… .

Autre fait marquant de la journée, la venue du candidat FN, loin d’être accueilli à bras ouverts par les étudiants de Sciences-Po qui ont déployé des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « La France métissée, tu l’aimes ou tu la quittes ». La réaction de M. Le Pen fût pour le moins surprenante puisqu’il a crié à la face de ses détracteurs : « Même en banlieue, ils sont plus polis et mieux élevés que vous, bande d’imbéciles ». Aussi, la succession des candidats permet-elle de mesurer combien le public peut être démago. Ainsi, sur la thématique saignante de l’immigration, on a hué le nationaliste Le Pen alors que quelques heures plus tôt on applaudissait les propos sarkozystes, quasiment identiques sur la forme.

Hanane Kaddour

Hanane Kaddour –

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