Toutes les hypothèses avaient été échafaudées : une vague bleue, une poussée du FN, une déconfiture de la gauche… Il n’en fut rien (ou pas grand-chose). Le premier tour des élections départementales a livré, en Seine-Saint-Denis, un résultat aussi constant que surprenant. La gauche est en ballottage favorable dans une grande partie du département. Socialistes et communistes devraient, sauf renversement de situation, continuer à présider aux destinées du 93.
La campagne avait été caractérisée par une certaine indifférence dans la population. L’impression fut confirmée dans les urnes, dimanche. La Seine-Saint-Denis est le département de France qui a le moins voté, avec une abstention record à 71,6%. Dans les bureaux de vote, dimanche, se percevait l’ennui, nourri par le rythme lent des électeurs et de leur moyenne d’âge plus élevée qu’à l’accoutumée. Mais cela n’était pas tout. Il y avait aussi la tension d’un scrutin aux multiples inconnues.
A commencer par celle, inédite, de la position du Front National. Peu présent aux municipales (2 villes sur 40), le parti profitait des élections départementales pour jauger sa popularité locale. Il a recueilli, partout, 20% des suffrages environ. « C’était attendu, explique un candidat socialiste. Notre satisfaction est ailleurs : l’extrême-droite n’aura probablement pas de conseiller départemental. Symboliquement, on évite le pire. » Le FN n’est parvenu à se hisser au second tour que dans deux cantons (Drancy et Tremblay-Montfermeil), sans véritable chance de victoire.
Pour le reste, l’UDI et l’UMP ne profitent pas aussi bien que prévu de leur dynamique locale. Grands vainqueurs des municipales l’an passé (21 villes gagnées sur 40), les partis de droite espéraient être en mesure de conquérir le conseil départemental. Ils progressent par rapport à 2011 (28,3% contre 23,5%) et devancent le PS. Mais ils subissent quelques revers symboliques. Dans le canton de Tremblay, Xavier Lemoine, emblématique maire de Montfermeil depuis treize ans, a été éliminé au profit d’un duel FN-Front de Gauche. A Saint-Ouen et Epinay, la division des listes de droite sème le trouble sur l’avenir du canton. Le maire d’Epinay (DVD), Hervé Chevreau, se qualifie pour le second tour (22,5%), contrairement au maire de Saint-Ouen (UDI), William Delannoy (18,5%). La candidature de Karim Bouamrane, arrivée en tête (26%), voit les communistes (18,9%) la rejoindre.
A Drancy ou Aulnay, les listes de droite sont en revanche largement en tête, manquant de peu l’élection dès le premier tour. Au Blanc-Mesnil et à Villemomble, la conjecture est tout aussi favorable à l’alliance UDI/UMP. Une poussée qui ne devrait pas suffire pour ravir à la gauche le 9-3. La majorité départementale a été affaiblie par sa division au premier tour. Elle devrait retomber sur ses deux pieds à l’occasion du second tour. A Aubervilliers, Saint-Denis, Bagnolet ou encore Pantin, les candidats arrivés en tête seront seuls au second tour, PS et Front de Gauche ayant acté le principe du désistement républicain. « C’était une obligation pour garder le conseil général, souffle-t-on côté socialiste. Ca embête certains, mais nous ne sommes pas fous. »
Au milieu de ce bordélique statu quo, subsistent quelques équations que le second tour devra se charger de résoudre. A Montreuil, le refus du binôme écologiste de se désister au profit du Front de gauche a créé un véritable pic de tension dans les relations entre partis. Le PS a choisi de soutenir le tandem communiste, laissant les Verts faire cavaliers seuls. D’autres cantons pourraient faire basculer le scrutin : à Bondy, la maire (PS), Sylvine Thomassin, et son prédécesseur, Gilbert Roger, sont menacés par la montée de la droite (32%) et du FN (20%). Enfin, à Bobigny, un an après une élection municipale extrêmement tendue qui a vu l’UDI l’emporter de justesse, la droite et le Front de Gauche sont au coude-à-coude… à 100 voix d’écart. Chef-lieu de la Seine-Saint-Denis, Bobigny sera au centre de l’attention, ce dimanche.
Ilyes Ramdani
Départementales : la gauche devrait conserver la Seine-Saint-Denis
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