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Ilot rose dans une région bleue tirant au bleu marine, Strasbourg est une ville plutôt cosmopolite. Alors que le vote Front National se concentre dans les cantons ruraux de la région, la liste Rassemblement Bleu Marine (apparentée FN) séduit les habitants des quartiers les plus sensibles.

En Alsace, Strasbourg fait figure d’exception. A chaque élection depuis 1988 la région offre aux candidats FN parmi les plus beaux scores du pays, largement supérieurs à la moyenne nationale. En 2007, Nicolas Sarkozy fit baisser à 11% le vote FN. Sinon, c’est souvent plus d’un bulletin sur cinq qui va au candidat du parti d’extrême-droite. Au premier tour de 2012, Marine Le Pen arriva même en seconde position avec 22,12%, derrière Nicolas Sarkozy (32,92%) mais devant François Hollande (19,3%).

Ces chiffres régionaux cachent une grande disparité au niveau des cantons. Suivant le schéma d’analyse du géographe Jacques Lévy, le vote frontiste en Alsace s’organise “en archipel” autour des centres urbains. La périphérie, éloignée des bassins d’emplois, dépassée par la mondialisation aurait plutôt tendance à voter pour le parti d’extrême droite. Ainsi, en 2012, Marine Le Pen enregistra son plus faible score à Strasbourg (11,86%) et son plus fort dans le canton de Sarre-Union (31,38 %), le plus éloigné de la capitale européenne.



Mais une analyse plus fine du vote strasbourgeois montre que les électeurs de certains quartiers populaires se sont laissés tenter par les thèses du FN. Ainsi au Neuhof en banlieue sud, Marine Le Pen a obtenu plus de 20% dans plusieurs bureaux de vote contre environ 5% dans le centre.

« Le tabou est tombé »

Pour conquérir une ville politiquement au centre, la dédiabolisation du parti d’extrême droite devait être soignée. C’est pourquoi en octobre dernier la direction avait désavoué le candidat un temps pressenti au FN, l’avocat André Kornmann après des déclarations chocs. Elle lui préféra un ancien centriste, Jean-Luc Schaffhauser. Plus policé, ce consultant international est membre du Rassemblement Bleu Marine, un mouvement permettant aux candidats de se présenter sans devoir adhérer au parti.

La première de ses propositions est de baisser l’ensemble des impôts de 10%, et d’instaurer le stationnement gratuit en ville. Mais les thèses classiques du FN ne sont pas absentes de son programme. Ainsi, l’ancien “centriste” souhaite une application plus stricte du Concordat avec la suppression des aides aux associations musulmanes strasbourgeoises. Ce texte, signé en 1801 permet aux autorités publiques de financer les cultes juif ou chrétien mais pas musulman, sous prétexte qu’à l’époque les fidèles de Mahomet était absents du territoire français.

A Strasbourg, le FN espère provoquer une triangulaire en dépassant les 10%. Les derniers sondages placent la liste RMB en troisième place avec 11% d’intentions de vote.

Leïla, militante associative au Neuhof, craint une nouvelle percée aux prochaines élections : “Ils sont politiquement très forts. Ils font disparaître le sigle FN, prennent sur la liste des gens qui ne sont pas racistes ». « Dans les quartiers, ce sont les premiers à rappliquer après une agression. Alors de nombreuses personnes se disent pourquoi pas. Le tabou du vote FN est tombé.”

Remi Hattinguais

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