photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Pour la troisième conférence de presse depuis le début du quinquennat, la présidence a fait mine de faire des révélations people des derniers jours une affaire close. L’écran de fumée n’a fait tousser personne.

François Hollande aura réussi à tenir plus de 18 mois avant de plomber son quinquennat. Nicolas Sarkozy, en 2007, a été beaucoup plus rapide. Il avait soldé les comptes du sien, le soir de sa victoire, avec ses amis fortunés dans un bistrot huppé des Champs-Élysées.

La République française est une vieille institution, qui parfois chancelle, met un genoux à terre ou ne tient pas ses promesses. Elle est souvent  malmenée, moquée, titillée pour son caractère conservateur. Soit.
Les frasques des deux derniers Présidents de la Ve République sont, certes, une tâche d’encre malvenue, mais en parfaite synchronisation avec l’époque.

La « peopolitique » est le cadre dans lequel nous vivons depuis une dizaine d’années.  Le people, objet public identifié pour son potentiel médiatique, est le nouveau citron de la société du divertissement. Ni Hollande, ni Sarkozy n’ont réussi à lui échapper.

C’est une drogue, un appel pressant d’une voix en provenance des tripes dont le haut-parleur est le nombril. Parler de respect de la vie privée pour se déculpabiliser ou faire diversion ne relève pas d’éléments de langage bien choisis, mais d’une rhétorique comique. On exhibe sans gêne son nombril dans la presse people pour un plan com’ politique et on s’offusque lorsque celle-ci fouine sous la ceinture. Cette hypocrisie est un écran de fumée, un mensonge assumé par les politiques et surtout par le public avide de ces révélations croustillantes et dégoulinantes de spermatozoïdes.

François Hollande avait construit son storytelling avec l’annonce d’une présidence normale, à l’abri des strass et des paillettes, avec pour objectif de tenir à l’écart le bling-bling et de revenir à une « slow politique » respectueuse de la fonction présidentielle et des institutions, et par voie de conséquences, des Français. Il avait identifié la finance comme son ennemie « number one » en emballant le tout dans une anaphore anesthésiante pour son concurrent.

Jusqu’ici, Francois Hollande a été bien protégé politiquement. Il a échappé à la bombe Cahuzac parce que les Français savent faire la part des choses. Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, absorbe les coups et son gouvernement gère le quotidien tout en étant « l’airbag » politique du Président. En somme, François Hollande, était au dessus de la mêlée. Malgré une côte de popularité plombée, il était à l’abri des grêlons et des grondements de la vox populi.

Cette vie était sans doute trop calme, trop lisse, trop bordée par le protocole et les habitudes républicaines. François Hollande voulait du piquant, du vertige et des acrobaties. Il est allé rue du Cirque.

Le spectacle imposé par ses virées à scooter nous percute malgré nous. On nous demande de ne pas en faire des tonnes, de respecter la dignité des protagonistes, de sombrer dans la compassion. C’est le comble de la culpabilisation. François Hollande n’a pas de leçon d’humilité à donner aux Français. Il leur doit des excuses. Il leur doit surtout du respect.

Penser que tout cela sera évacué grâce à deux ou trois sondages et quelques tournures de phrases devant les journalistes est une erreur grave. En parlant de présidence normale, le candidat proposait un pacte avec les citoyens. Ce qui restera dans les esprits après sa conférence de la veille,  c’est l’esquive d’un Président et la fébrilité de plus de 600 journalistes pour aborder l’affaire Closer, non pas pour accentuer le voyeurisme, mais pour assumer l’erreur et mettre un terme à l’hémorragie verbale.

Reconnaître une erreur, assumer ses conséquences, s’appliquer à en tirer les enseignements est une preuve de confiance en soi. C’est cela un Président normal, soucieux de rompre avec les intrigues, rigoureux dans sa fonction de garant de la Constitution, défenseur acharné des valeurs de la République.

Nordine Nabili

Articles liés

  • La fête de l’Huma, carrefour mélancolique des gauches en défense

    Tous les ans, la même question revient au moment de la fête de l’Humanité. On se demande qui y va encore. Des vieux communistes, des jeunes parisiens, des familles ? Y a-t-il encore des gens qui y vont pour autre chose que les concerts et l’alcool ? Et, finalement, trouve-t-on encore quelque chose de politique à la fête de l’Humanité ? Difficile de réfléchir comme ça, là-dessus : la question a été mal posée.

    Par Wassily Carpentier
    Le 17/09/2019
  • Les maires du 93 ne se plaignent pas, ils portent plainte !

    Samedi 8 septembre, sur le parvis de la préfecture de Bobigny, les maires de Stains, de Saint-Denis, de l’Ile-Saint-Denis, de Bondy et d’Aubervilliers ont officialisé leur désir de porter plainte contre l’Etat. L’objectif de ce recours en justice est simple : obtenir une reconnaissance des besoins essentiels du département par l’Etat et un dédommagement en conséquence.

    Par Audrey Pronesti
    Le 10/09/2019
  • A Clichy, le gouvernement lance les « Cités éducatives », héritage du plan Borloo

    Julien Denormandie a fait sa rentrée à Clichy-sous-Bois. Toute une semaine de permanence en Seine-Saint-Denis pour le ministre de la Ville et du Logement, durant laquelle il en a profité pour lancer officiellement les « Cités éducatives » en compagnie du ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Reportage.

    Par Héléna Berkaoui
    Le 07/09/2019