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À la descente du RER, une pancarte prévient les voyageurs : « zone placée sous vidéosurveillance ». Pourtant le soleil qui brille ce matin rendrait presque joyeuses les barres qui bouchent l’horizon. Le RER repart, la gare de Pierrefitte-Stains se vide. Sur la place de la mairie, des passants s’attroupent autour d’énormes camions surmontés d’antennes paraboliques. Une rumeur circule. « C’est Hollande, c’est Hollande  » . « Vaudrait mieux que ce ne soit pas Sarkozy, d’un autre côté  » s’exclame un client du bistrot de la place.

10 heures 30, c’est bien le candidat socialiste qui arrive en voiture banalisée devant les locaux de l’AFPAD, l’Association pour la Formation, la Prévention et l’Accès au Droit. À l’intérieur l’attendent les bénéficiaires d’une initiative éducative innovante. Le Fil Continu encadre les élèves exclus temporairement pour éviter le décrochage scolaire. À travers des ateliers de théâtre ou des groupes de parole, les élèves sont amenés à parler d’eux-mêmes, à se confronter à l’image qu’ils renvoient aux autres. Les éducateurs jouent ici le rôle de « débloqueurs de parole ». Les parents, parfois dépassés, souvent au boulot mais jamais démissionnaires, accueillent cette initiative avec enthousiasme. « Ça nous permet de savoir où il est et ça lui évite de traîner dans la rue  » . Très impliqués dans le dispositif, les parents participent à des réunions hebdomadaires.

Après avoir écouté attentivement les témoignages, le candidat Hollande se prononce pour la création d’un nouveau corps de fonctionnaires, chargé spécifiquement d’une mission de médiation. « Il faut s’inspirer des initiatives comme celle-ci  » . Ces nouveaux fonctionnaires seraient sélectionnés sur concours et concerneraient les 5% d’établissements concentrant près de 30% des incidents. « Pour ne laisser aucun jeune hors du système, il faut agir contre la politique de suppression de postes  » .

Le monsieur « éducation » du candidat, Vincent Peillon, refuse cependant de chiffrer cette mesure à l’issue de l’allocution du candidat. Et ce alors que l’agence de notation Standard & Poor’s décidera quelques heures plus tard de dégrader la note de la France. En ce vendredi 13, le candidat vient certainement d’ajouter quelques centaines de milliers d’euros à un programme déjà déficitaire.

Ces aspects budgétaires ne semblent pas concerner la bande de jeunes qui ont cours au centre de l’AFPAD, à l’étage. En deuxième année de formation cariste, la plupart éclate de rire lorsque je cherche à savoir s’ils sont supporters de François Hollande. Un des jeunes emporte l’adhésion du groupe : « Nous c’est tout sauf Sarko, il a tué la France  » . Un autre renchérit, « le PS c’est nous  » , mais peine à expliquer « ils sont pour les pauvres… normalement…  » Immédiatement un de ses camarades l’interpelle : « Mais toi tu connais ce qu’il propose Hollande ? Aujourd’hui il est en bas dans le même bâtiment que nous, tu as entendu ce qu’il veut dire ?  » . Comme un sentiment de lassitude parmi les jeunes. Et pourtant ils sont inscrits sur les listes et iront voter en juin 2012.

Hollande de son côté répète son attachement « au 93, le département le plus pauvre et le plus jeune de France. Il est souvent stigmatisé, souvent décrié mais il faut parler de ce qui y marche. De sa population, si jeune, si diverse, mais surtout réunie autour de l’essentiel  » . Et le candidat de conclure, « n’ayez crainte, je reviendrai.  »

Rémi Hattinguais

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