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Yazid Sabeg est souvent considéré comme un modèle. Ce fils de peintre en bâtiment est devenu, après notamment de brillantes études (docteur en sciences économiques et sociales), le PDG de CS Communication & Systèmes (225 millions d’euros de CA et 2 150 collaborateurs) mais aussi le Président du comité d’évaluation de l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU), pivot selon lui de la lutte anti-ghetto. Il est également l’un des instigateurs au sein de l’institut Montaigne de la Charte de la diversité auprès des grandes entreprises et, tout récemment, l’initiateur du Manifeste de la diversité qui s’illustre non pas par l’arc-en-ciel politique de ses signataires (trop de consensus étouffe souvent les nobles causes) mais par cette phrase : « On ne pourra plus faire très longtemps le coup de la diversité ennemie du mérite, ni justifier l’injustice par le principe d’égalité. »

L’intérêt de cet extrait est qu’il synthétise parfaitement une des principales problématiques à laquelle est confrontée la société française de ce début de XXIe siècle : mettre en place une « affirmative action » et non pas une discrimination positive (comme si on pouvait discriminer de façon positive !), afin de permettre une réelle égalité des chances à l’ensemble de nos concitoyens quelques soient leurs origines sociales, ethniques, territoriales ou leurs différences (sexe, handicap, culture, religion).

Afin de rétablir ce principe d’égalité républicain aujourd’hui bafoué, le manifeste propose 6 axes de travail dont deux me paraissent primordiaux : le premier est de « systématiser les politiques volontaristes de réussite éducative et la promotion des talents dans les quartiers populaires ». Je ne m’appesantirai pas sur la faillite de l’école concernant l’égalité des chances. Le constat est trop accablant et la reproduction des classes sociales trop systématique (universités françaises : 11% d’enfants d’ouvriers contre 30% d’enfants de cadres supérieurs*) ; à se demander à quoi ont servi les recherches de Bourdieu sur le déterminisme social…

Nous sommes tous saturés des discours de compassion et des engagements trop modestes, des plans qui succèdent à d’autres plans, jamais tenus. Soyons pragmatiques : sollicitons les équipes enseignantes en collaboration avec les associations de terrain pour inventer de nouvelles pratiques pédagogiques pertinentes.

Le Général de Gaulle n’avait pas hésité à financer massivement les structures et les corps enseignants concernés pour obtenir une France d’ingénieurs et de recherche de pointe. Il serait temps de mettre enfin les moyens humains et financiers adéquats. Notamment en incitant financièrement nos meilleurs professeurs à travailler dans les ZEP (Zone d’Éducation Prioritaire) ou encore en facilitant massivement l’accès à l’ensemble des grandes écoles (5% d’enfants d’ouvriers dans les classes prépa*) ou nos administrations, à l’image de la démarche visionnaire mais encore trop isolée de Sciences-Po pour rétablir enfin le pacte républicain.

Le second axe du manifeste que je relève est « de promouvoir des politiques urbaines qui permettent de réaliser la diversité sociale et de peuplement » ou plus simplement stopper les ghettos et provoquer la mixité sociale.

Ce processus de « séparation spatiale croissante entre les populations » doit être inversé par une transformation lourde de l’urbain de nos quartiers populaires. Tel était l’ambition de départ de l’ANRU, qui est pourtant passé en 2 ans de 250 000 démolitions/reconstructions prévues à 130 000. Ajoutez à cela une sous-estimation budgétaire invraisemblable à ce niveau de responsabilité : 9 milliards d’euros déjà dépensés sur les 13 milliards prévus jusqu’en 2013. Il ne reste, si l’on fait un simple calcul, que 800 « petits » millions par an pour la rénovation urbaine de nos quartiers. C’est un peu comme si l’un de mes clients me sollicitait d’urgence pour sauver sa maison d’un écroulement imminent et que je lui réparais les combles en utilisant tout son budget. Je n’aurai rien réglé et bien sûr, la maison tombera avec perte et fracas.

Il va sans dire que la France ne peut plus faire l’économie d’un engagement fort et constant de l’État dans ses quartiers populaires afin de construire une société plus juste. C’est pourquoi il faut s’associer toujours plus nombreux à la démarche de M. Sabeg pour qu’il ne prêche pas dans le désert. C’est par cette mobilisation que l’égalité des chances passera des discours et des plans à la réalité effective.

Yacine Djariri

*Chiffres pour l’année scolaire 2006-2007 du Ministère de l’Éducation nationale.

Yacine Djaziri –

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