Quelques mois après avoir dénoncé un apartheid social, Manuel Valls a convoqué un comité interministériel afin de proposer plusieurs mesures sur la question. « J’ai parlé récemment d’apartheid, c’est un mot fort, qui a fait couler beaucoup d’encre. Ce mot a été utile pour décrire le sentiment de relégation dont souffrent beaucoup de nos concitoyens » relance le Premier ministre en présentant son grand chantier « égalité et citoyenneté : la République en acte ». Seize ministres ont ainsi collaboré à l’élaboration de ces mesures qui ne sont « ni un plan Marshall, ni un plan banlieue » selon le Premier ministre qui s’est dit prêt à « changer les pratiques de nos institutions ».
L’école
Concernant l’école, le gouvernement souhaite tordre le coup au contournement de la carte scolaire. Beaucoup d’élèves évitent leur collège ou lycée de quartier en choisissant une option n’existant que dans des lycées mieux réputés. Pour mettre fin à ce contournement, ces options seront désormais disponibles par correspondance via le Cned [Centre national d’enseignement à distance]. Malheureusement, cette mesure ne prend pas en considération le contournement « institutionnel » qui peut exister dans certains quartiers. À l’école toujours, le gouvernement souhaite renforcer l’apprentissage du français, dès la maternelle. Une agence de la langue française sera également mise en place. Des formations au numérique seront proposées dans les quartiers dits sensibles avec une « grande école du numérique » qui ne portera que le nom d’une grande école puisque les critères d’entrée devraient être beaucoup mois sélectifs.
Le logement
Le comité interministériel s’est également penché sur la question du droit au logement. Dénonçant les maires qui refusent de respecter la loi SRU [Loi solidarité et renouvellement urbain] qui impose la construction de 25% de logements sociaux. Les préfets pourront alors être saisis pour faire respecter cette loi. Ils pourront également délivrer des permis de construire dans les villes refusant la construction de HLM. De l’autre côté, les villes dépassant les 50% de logements sociaux seront également sous la tutelle de la préfecture pour limiter la construction de HLM et éviter les ghettos. Et pour « éviter d’ajouter de la pauvreté à la pauvreté » les bénéficiaires les plus pauvres Dalo [Droit au logement opposable] ne seront plus logés dans les quartiers dits sensibles. Pour favoriser la mixité sociale, les loyers pourront également être flexibles en fonction des revenus des ménages. L’ancien ministre Thierry Repentin sera désormais en charge de la mise en place de ces mesures concernant le logement.
L’emploi
Pour l’emploi, un nouveau contrat devrait être mis en place à destination des décrocheurs ainsi que des dispositifs de la deuxième chance. Le gouvernement recycle les actions de SOS racisme, en proposant la création de campagne de « testing » d’entretien pour lutter contre les discriminations à l’embauche. Manuel Valls s’est déclaré en faveur d’outils pour étudier toute discrimination. En revanche, en ce qui concerne la mise en place du récépissé contre le contrôle au faciès, engagement de François Hollande et mesure réclamée par de nombreux collectifs, par des élus ainsi que par le défenseur des droits, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve répond que le dispositif n’est pas encore suffisamment au point mais se dit prêt à recevoir les collectifs qui luttent pour la mise en place de cette mesure.
La vie associative
Pour soutenir l’action des associations culturelles, sportives et autres intervenant dans les quartiers populaires, l’Etat devrait verser 100 millions d’euros supplémentaires.
Widad Kefti
La République en actes : « ni un plan Marshall, ni un plan banlieue »
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