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Pendant plus de quinze ans, Jean-François Lajeunesse a été alcoolique.  « Jamais ivre », mais assez mal en point pour s’isoler peu à peu, perdre son emploi de courtier et contracter de lourdes dettes. Et puis, il y a eu le déclic en 2001. « Je voulais me réapproprier ma vie et je m’en suis miraculeusement tiré ». Grâce à la course à pied, sa passion, qui l’a aidé à se défaire de son addiction.

Grâce à la République insiste aussi celui qui a été conseiller municipal à Sainte-Luce (Loire-Atlantique) : « Le RMI, la CMU, autant de choses qui m’ont permis de me relever quand j’aurais pu y rester. Je suis redevable. »

Après avoir créé une entreprise et écrit un livre-« Perles d’or sur champs de vie »- pour raconter son histoire, il s’est remis dans le bain de la politique pour les législatives, dans sa circonscription de Nantes-Carquefou.  Sous la bannière du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), le parti créé par l’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement : « J’étais aux premières loges lors de la création du mouvement. Mr Chevènement me soutient entièrement dans mon combat et bien-sûr pour les législatives.»

Jean-François Lajeunesse assure n’avoir qu’un seul objectif pour le 1er tour, qui aura lieu dimanche prochain, celui de savoir combien de personnes adhèreront à son ambition de remettre l’humain au cœur de la politique : « Je ne gagnerai pas, c’est évident. Mais plus il y aura de monde, plus mon projet aura de chances d’être défendu et écouté par les élus ».

Ainsi, la proposition phare de son programme est la création d’une « Maison des solidarités » à l’échelle nationale, un organisme qui suppléerait les services sociaux – « trop débordés pour être efficaces et qui ne fonctionnent pas les week-ends et jours fériés »- et élargirait le champ des aides « à toutes les personnes en détresse, quel que soit leur problème ».

De l’écoute, du suivi et de la responsabilisation : « Je vois tant de jeunes dehors, sans-abris, des vieux, vieillir et mourir seuls. Je veux que chacun puisse avoir au moins une chance de s’en sortir. Car il y a des solutions, qui passent par l’entraide et le partage. »

Pour les présidentielles, Jean-François Lajeunesse a soutenu François Hollande. Son programme est cohérent ». Il déplore néanmoins le manque de hauteur des débats : « Ils n’étaient pas dignes des enjeux. Le problème est que l’on reste constamment en surface. On pointe du doigt un problème sans aller au bout des choses. Les Français ne méritent pas ça. »

Un engagement à gauche et des convictions politiques qu’il égrène au fil de notre conversation.   Le renforcement des services publics dans les communes où « il n’y a ni poste, ni commissariat alors que les besoins sont là ». La lutte contre la politique des universités qui « entassent » des étudiants « sans projets professionnels » dans des cursus sans débouchés.  Le soutien à l’apprentissage « intelligent » : « Ce n’est pas une tare à 15 ans d’apprendre un métier. Mais il faut aussi donner un bagage intellectuel à ces jeunes pour ne pas qu’ils se perdent s’ils désirent un jour changer de voie ».

Son opposition à l’Europe de Maastricht. « Il faut rendre l’Europe  et les institutions communes aux peuples […] il faut que les des organes telles que la Banque Centrale européenne nous rende des comptes ».  Son attachement aux référendums et « tous les moyens » qui peuvent redonner la parole aux citoyens : « C’est à eux que revient de décider pour leur avenir et celui de leurs enfants ».

Il compare la situation actuelle à celle de 1938, assure que tous les ingrédients « d’une guerre civile » sont réunis : « Si l’on continue dans ce sens, le pays va exploser. Les gens ne supportent plus cette misère ». Une facette pessimiste, qu’on ne décèlerait pas chez cet homme à la voix douce, serein et sympathique, qui aime à répéter que rien n’est impossible.

Même arrêter de fumer 40 cigarettes et boire six litres de vin par jour comme il l’a fait pendant de longues années. Un parcours personnel dont il s’inspire très largement et qu’il transpose forcément à la vie politique : « Il faut aller au-delà des jolis slogans mais agir. Les Français sont des gens raisonnables : ils n’aspirent pas tous à être milliardaires, seulement à ce qu’on leur donne un cap et surtout, une espérance. »

Ramsès Kefi

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