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MUNICIPALES 2014. Dans les rues de Bordeaux, les habitants sont peu loquaces sur la politique et les municipales en général. Entre résignation et contentement, derrière l’ombre de Chaban-Delmas, se promène celle d’Alain Juppé. Vidéo.

A moins d’un mois du premier tour des municipales, on cherche à discuter avec la jeunesse bordelaise. Place de la Victoire, rue Sainte-Catherine ou sur les quais, presque à chaque rencontre, les jeunes se ferment, visiblement dérangés dans leur quotidien paisible. « On est pressés » qu’ils disent. Mais c’est compréhensible, Séphora ferme bientôt ses portes, il est 11h30.

A chaque coin de rue, les jeunes font une moue gênée comme pour dire : « je n’aime pas beaucoup la politique, je n’aime pas beaucoup les Parisiens non plus, et puis… Je ne sais pas exactement quand c’est, les municipales ». Un quotidien paisible pour une identité en passe de devenir aussi lisse que les murs de la ville, satinée.

Quand ils acceptent d’échanger avec nous et donnent leur avis, ils doivent réfléchir deux ou trois fois à ce qu’ils vont dire. Un avis de passage. S’ils veulent que « ça » continue avec Alain Juppé, ils ont surtout l’air de penser : « oh la ville est si belle, c’est quand même vraiment un bon maire… » Et quand ils veulent du changement, ils ne savent pas vraiment pourquoi, c’est un peu par principe, parce qu’on leur a appris à faire la fine bouche.

Et cette jeunesse dorée n’a pas peur de l’avenir. Elle n’a pas non plus l’air serein mais il faut dire que la ville en a décidé pour elle. Ce conservatisme ambiant, on le sent jusque chez les lycéens. « InCité » rénove la ville, mais elle semble façonner aussi l’intériorité des plus jeunes. Très vite. Il le faut. Pas d’aspérité, pas de vagues, on coupe, on tranche tout ce qui dépasse, vilains corps étrangers.

Alain Juppé, c’est cette figure du père, protecteur à souhait. Un bienfaiteur pour Bordeaux. Parfois, certains y vont de leur petit commentaire, finement réfléchi, pour expliquer pourquoi la jeunesse de la ville se désintéresse à ce point de la politique. La mentalité de droite disent-ils, ou alors un peu de découragement peut-être, pour les plus idéalistes, ces perles rares.

Mais il faut bien dire une chose, la jeunesse de Bordeaux, quand bien même elle se lèverait un dimanche pour aller aux urnes, ne daignera probablement même pas offrir le bénéfice du doute aux autres candidats. Elle a grandit avec Alain Juppé, alors elle ne veut pas d’un père adoptif. Elle ne quitterait pour rien au monde cette prison dorée où il fait si bon vivre. Et puis, c’est fatiguant quand même, le changement… Paraîtrait même qu’il faut se battre pour ça. Quelle idée… Et c’est quand les municipales déjà ?

Anne-Cécile Demulsant et Latifa Oulkhouir

httpv://www.youtube.com/watch?v=HMQ7yiGt_as

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