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Ce débat pour la primaire socialiste fut certes plus vivant que le premier, mais tout de même en-dessous de mes attentes. Je m’attendais à plus de prises de positions personnelles  qui auraient mené à plus d’échanges contradictoires entre les candidats. Mais contrairement au premier débat, qui avait plus l’air d’un Question pour un champion, certains candidats ont, cette fois-ci, saisi l’opportunité de se démarquer à travers différents stratagèmes. En ce qui concerne les questions de la dette et de l’économie, j’ai trouvé qu’ils étaient tous d’accord sur le fond : maîtriser la dette avec une refonte de notre système économique, encadrer les banques avec fermeté, réglementer les marges des grandes surfaces et équilibrer le rapport entre les riches et les pauvres.

Sur la forme, Arnaud Montebourg s’est démarqué là où l’on l’attendait, sur son projet de démondialisation et de VIe République. Malgré son charisme et son grand talent d’orateur, je l’ai trouvé assez mou lors des échanges sur l’économie. Ils ont plutôt été l’apanage des trois favoris des sondages, François Hollande, Ségolène Royal et Martine Aubry. Concernant cette dernière, je l’ai senti combative, offensive mais surtout déterminée dès le départ. Loin des images de manque de confiance et de conviction qu’elle me renvoyait. Martine Aubry a su rebondir sur les interventions des ses camarades en les contredisant sans hésitation et en apportant avec vivacité ses propres analyses. Ses capacités à démontrer m’ont surpris. Tout comme le fait d’affirmer à plusieurs reprises « comme je veux être présidente de la République », propos qu’aucun autre candidat n’a prononcé. Je n’ai évidemment pas oublié son pacte secret de Marrakech conclu avec Dominque Strauss-Kahn. Mais hier soir, Martine Aubry ne m’est parue à aucun moment comme candidate de substitution.

À l’inverse, j’ai senti Manuel Valls un peu en retrait. Lui qui a pourtant une prise de parole sèche et franche n’a pas su s’imposer sur les questions économiques. Reste que sur la sécurité et l’immigration, de tous les socialistes, c’est bien lui qui a mené la danse et qui semble le plus crédible. Le fait qu’Arlette Chabot, parle de « conversation à la sécurité » et qu’aucun des candidats n’ait daigné la contredire représente un aveu de faiblesse pour le Parti socialiste sur la question. Pour en revenir au maire d’Evry, je l’ai trouvé à l’aise sur ces sujets là. Sans diabolisation et sans angélisme, il a su apporter un langage de fraîcheur qui manquait à gauche sur l’insécurité et l’immigration. Parler de reconduite à la frontière, de manque d’intégration peut être jugé scandaleux par certains. Lui, un « homme de gauche » comme il aime tant le souligner, a su aborder de front ces questions, de manière honnête. Son franc-parler peut séduire les plus simplistes des électeurs.

Côté sécurité, Ségolène Royale marque des points et se démarque. L’encadrement militaire des jeunes délinquants (qui est repris par l’actuel gouvernement) est une bonne idée. Mais la concernant, les bon points s’arrêtent là ! Je la trouve… dépassée. Elle n’a su s’imposer en rien et son manque de modestie est affligeant. Elle s’est davantage mise en avant que son programme. À la fin de l’émission, nous avons même eu le droit au curriculum vitae de sa vie politique. À croire qu’elle se présentait à un entretien d’embauche.

Si Madame Royale était un soleil, François Hollande, lui, serait la lune.
C’est avec beaucoup d’humilité et de recul qu’il a commencé et terminé ce débat. Je pense que les sondages l’on bien mis en condition. Il a bien pris soin d’écouter ses concurrents, tout en plaçant ses arguments quand il le fallait. Il a su être ferme, et s’effacer quand les échanges devenaient vifs. Il n’a d’ailleurs participé à aucun « clash ». Et ce côté « loin de tous », « au dessus des affrontements », lui confère un statut de sage. Lors de sa conclusion, quand les autres candidats parlaient aux noms d’eux-mêmes, lui parlait aux noms « du » candidat qui allait être élu. Et le fait qu’il préfère jouer collectif, plutôt que perso, le rend mature. Montrer un côté d’unité et de fédération pour son parti peut s’avérer très payant.

Il y a aussi Jean-Michel Baylet, comme tout le monde il a eu droit à son temps de parole. J’ai découvert un homme favorable à une européanisation de notre politique nationale. « Un transfert de souveraineté » comme il l’a dit. Bien que convenu, ce débat a permis aux candidats à la primaire socialiste d’affirmer clairement leurs différences – entre-eux et vis-à-vis de la politique du gouvernement Fillon. Ce sont surtout les deux favoris des sondages, François Hollande et Martine Aubry, qui sont nettement sortis du lot.

Prosith Kong

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