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Le plus jeune député de France est une femme. C’est Marion Maréchal, rebaptisée pour l’occasion Marion Maréchal-Le Pen, élue dans le Vaucluse. Elle a 22 ans. Un an de moins que Jean Sarkozy quand il briguait la Présidence de l’EPAD.

Un peu plus tard dans la soirée, Marine Le Pen, battue par le candidat socialiste à Hénin-Beaumont, n’hésitait pas à féliciter sa nièce par caméra interposée. Elle se vantait même d’avoir pu, avec son parti, « briser le plafond de verre », ce plafond invisible qui bloque la carrière des femmes. Une expression plus utilisée dans les colloques sur la réussite au féminin que dans la bouche de leaders d’extrême-droite… Au micro de France 2, Jean-Marie Le Pen se posait carrément en agent / producteur de jeunes talents politiques au féminin, en citant Julia Abraham, candidate « mariniste » de 19 ans, battue sans surprise au premier tour dans le Haut-Rhin.

Cette récente récupération du champ lexical du féminisme s’est imposée comme une récurrente du discours frontiste. En mars dernier, à la journée politique organisée par le magazine ELLE à Sciences Po, Marine Le Pen avait conquis la salle en prônant l’édition d’un billet de banque à l’effigie d’Olympe de Gouges, auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Avec un argument imparable, preuve prétendument irréfutable de l’engagement sincère de Marine Le Pen pour l’égalité des sexes : « je suis une femme. »  Comme si l’on ne pouvait pas être femme et profondément misogyne, étranger et raciste, pauvre et de droite !

Cet argumentaire empreint de pathos (« je suis une femme, j’ai trois enfants que j’élève seule » confiait-elle en avril dernier, dans une interview au journal Nice-Matin) déniant certaines inégalités de genre (« le sexisme à l’école ? on se crée des problèmes où il n’y en a pas ! ») se prononçant même contre la création d’un ministère du droit des femmes (« les femmes ne sont pas une espèce à protéger ») se dilue dans des déclarations chocs contradictoires, comme sur les femmes de banlieues, forcément victimes de sexisme – sans le savoir. Elle n’hésite pas non plus, par exemple, à saluer les positions de la philosophe féministe Elisabeth Badinter sur le port de la burqa…

Mais sous un vernis de féminisme light, le comportement du Front National reste profondément misogyne. Marine Le Pen elle-même utilise régulièrement un argumentaire stéréotypé : elle se plaint qu’on lui reproche de « draguer » quand elle négocie mais n’hésite pas à affirmer que Jean-Luc Mélenchon la combat parce qu’il serait secrètement amoureux d’elle (sur Europe 1, le 11 mai 2012 : « je pensais que c’était de la rage, mais c’est de l’amour ») Un tel argumentaire, s’il était utilisé par le leader du Front de gauche, serait immédiatement qualifié de misogyne. « Marine » n’hésite pas non plus à passer son nom de famille à la trappe et, telle une animatrice de téléphone rose, à ne conserver que son prénom : habitude sexiste et condescendante contre laquelle se battent les femmes actives au quotidien.

Le programme du FN, lui, est tout sauf féministe ! Au menu, retour des femmes au foyer subventionné par l’Etat via le salaire maternel (toujours pratique pour faire baisser artificiellement les chiffres du chômage) déremboursement des avortements, et promotion du patriarcat.

Quant à la benjamine, Marion Maréchal, elle n’est là que par le fait du prince. Parachutée dans une terre où l’extrême-droite recueille traditionnellement les suffrages, encore étudiante, c’est sous le regard de son grand-père Jean-Marie Le Pen, assis derrière elle, qu’elle dénonçait hier « les élites » : ces héritiers qui obtiennent des postes par la seule grâce de leur naissance. Sans y voir de paradoxe. Au Front National, on défend les droits des femmes… de la famille Le Pen.

Marlène Schiappa

Photo : afp.com/Boris Horvat

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