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L’annonce du déménagement à Gstaad de Johnny Hallyday, le copain-chanteur de Nicolas Sarkozy, a mis le feu aux Alpes suisses. Le président de l’UMP, soucieux de son image auprès des électeurs français, renonce à une rencontre à Genève avec de généreux donateurs. 

Ni DOM, ni TOM, la Suisse est un important réservoir d’électeurs Français. Leur nombre est estimé à 100 000. Un beau paquet de votes. Un homme, sur place, sorte de négociant en voix, espère remporter la mise. Il dit agir pour le compte de Nicolas Sarkozy. Son nom : Pierre Condamin Gerbier. Son métier : banquier, associé gérant auprès de Reyl & Cie, un établissement financier genevois. Son titre : président de la délégation de l’UMP en Helvétie.
 

Depuis quelques semaines, il caresse un grand projet : faire venir le candidat Sarkozy dans deux villes suisses, Genève et Neuchâtel. Il répète que la chose se fera début 2007, probablement en janvier. Pour Genève, il a prévu une réunion avec adhérents et sympathisants de l’UMP, au siège administratif du Forum économique de Davos, à Cologny, le Beverly Hills des fortunes genevoises et mondiales. Pour Neuchâtel, il a pensé à un meeting populaire, escomptant la venue des Français de la Franche-Comté voisine.
 

Deux « dates » en Suisse pour Sarkozy ? Ça paraît beaucoup dans une tournée électorale censée mener le vainqueur non à Berne, capitale de la Confédération, mais à l’Elysée. Pierre Condamin Gerbier est-il sûr de ce qu’il avance ? En tout cas, à Paris, personne ne semble connaître le représentant de la branche helvétique de l’UMP. « C’est qui ? », demande le trésorier du parti, Eric Woerth. « C’est qui ? », interroge à son tour Franck Louvrier, le directeur de la communication de Nicolas Sarkozy.
 

Pire, ni Woerth, ni Louvrier n’ont, disent-ils, entendu parler d’un voyage à Genève puis à Neuchâtel de leur patron. « C’est faux », tranche même, le 16 décembre dans le quotidien valaisan « Le Nouvelliste », le dircom de Sarkozy en réponse aux déclarations publiques de Pierre Condamin Gerbier.
 

Etrange affaire. La direction de l’UMP a-t-elle décidé de sacrifier le banquier sur l’autel de la communication politique ? Si oui, pourquoi ? Question naïve, tant la raison est évidente : l’argent des banques suisses et la popularité d’un candidat à la présidence de la République ne forment pas un bon ménage électoral.
 

Car Genève, c’est bien sûr l’ONU, mais, dans l’imaginaire des Français, ce sont d’abord les banques et leurs coffres, qui n’ont pas qu’une odeur de fromage. L’annonce du déménagement fiscal de Johnny Hallyday, le copain-chanteur de Sarkozy, à Gstaad, station hyper-huppée de l’Oberland bernois, est la grenade-cerise sur le gâteau des évadés de l’ISF.
 

A propos, que vient faire le trésorier Eric Woerth dans ce micmac ? C’est simple : initialement, ainsi que nous l’a confié Pierre Condamin Gerbier, la venue selon lui prévue de Nicolas Sarkozy à Genève devait être l’occasion d’une levée de fonds, autrement dit, d’une récolte de dons pour le financement de la campagne électorale du président de l’UMP. Mais cette idée a manifestement été abandonnée. Trop casse-gueule. Collecter du fric pour le parti, dans le respect des maxima autorisés, à Londres et à Bruxelles, d’accord. Mais pas à Genève. Les Français ne comprendraient pas.
 

Et puis, Genève, c’est la ville d’Edouard Stern, un banquier lui aussi, assassiné par sa maîtresse en 2005. De son vivant, un ami de Nicolas Sarkozy. N’en jetez plus…
 

Le plus simple, c’est encore que les soutiens genevois du ministre de l’Intérieur versent à la caisse de l’UMP, en toute discrétion. Tant pis pour Pierre Condamin Gerbier, qui pensait sans doute se faire un gros coup de pub dans le milieu des affaires et de la politique en posant pour la photo aux côtés de Sarkozy, sur les rives du lac Léman.

Antoine Menusier 
 

PS : La candidate socialiste Ségolène Royal a été invitée à se rendre en Suisse par le Parti socialiste helvétique. Elle réserve sa réponse.

Antoine Menusier –

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