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Ils savent que l’avenir n’est pas écrit et pourtant, ça ne les empêche pas de marquer à la bombe des murs entiers de béton, vierge ou pas. Des fresques témoins de l’urgence et de la fièvre artistique qui s’emparent de Nantes. Des murs qui traduisent l’histoire du Street Art.

Dans le tramway, c’est la longueur des dalles de béton qui m’interpellent. Les couleurs sont vives et les lignes graphiques. Sur le retour, j’aperçois deux silhouettes s’agiter frénétiquement. L’activité n’est pas illégale, ces murs sont mis à disposition par la ville, mais ils souhaitent rester anonymes. Comme pour entretenir un mythe. A leurs pieds, des bombes de peintures et une sono. Les enceintes crachent du son jamaïcain ; celui qui œuvre à le corps sec et les joues creuses. Et se rafraichit avec une Despe qu’il boit au goulot.

Il m’explique qu’il tague depuis « des années, légalement ou pas. Ces murs, ce sont la ville qui nous les a mis à disposition. On respecte le travail des autres artistes, on ne recouvre pas un tag frais, on le laisse vivre ».

Il saisit une bombe, la presse. La peinture gicle au soleil.

« C’est vrai qu’on peut constater une émergence de la street culture mais c’est parce que les élus ont constatés les bénéfices du mouvement. Ce n’est plus une culture en marge, comme ça a pu l’être à une époque et c’est fédérateur. La Mairie travaille depuis quelques années avec un collectif de tagueurs, je les connais bien, ils ont travaillé main dans la main avec la ville pour l’élaboration de la Fabrique et des endroits alentours. Et puis, le street art, c’est un langage universel, ça parle à tout le monde. Pour le tourisme, je pense que c’est quelque chose bien. Tu penses que je devrais rajouter du vert là ? »

« Essaie plutôt du jaune ». La jeune femme qui répond, c’est sa petite amie. Elle est éducatrice spécialisée et habite non loin du centre ville, juste avant les Lauriers. « On a pas eu de brochures dans les boites aux lettre, cette année. Même les panneaux ne sont pas recouvert des affiches habituelles, regarde. Ça ne change pas grand chose, je voterais pour la gauche. Ils ont mis pas mal de choses en place, tu as vu ce qu’il y avait de l’autre coté ? Il y a un chat énorme de tagué, il est délirant, viens je t’emmène. C’est sur l’autre rive ».

La Loire est un peu agitée. Elle désigne le quai d’en face et m’explique que Nantes est une ancienne ville portuaire qui réceptionnait les convois de marchandises qui transitaient des Antilles.

« C’est pour ça que ce bar très connu s’appelle « Le hangar à bananes ». C’est quasiment un mémorial sauf qu’on y boit des coups. Ils l’ont laissé tel quel, c’est un endroit très populaire ici. Tu vois de l’autre coté, là ?

Il y a un musée qui traite de l’esclavage, c’est très intéressant et je suis fière que la ville s’applique à exercer son devoir de mémoire. Ils ont pas fait un musée comme ça à Marseille ? » Si à Nantes, les murs n’ont pas d’oreilles, nul ne doute que leurs écrits ont une voix.

 

Hadjila Moualek

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