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Lundi 5 mars, François Bayrou est en tournée électorale à Toulouse, la ville du « lâcheur » Douste-Blazy, ex-UDF passé à l’UMP pour un plat de lentilles (assez copieux toutefois: une belle mairie et un fauteuil au Quai d’Orsay). Après avoir rencontré des syndicalistes d’Airbus, le candidat qu’on n’ose plus appeler centriste, fait son entrée dans les locaux de l’INSA (Institut national des sciences appliquées) et de l’INPT (Institut National Polytechnique de Toulouse).

Il s’assoit autour d’une grande table où l’attendent une trentaine d’élèves ingénieurs. Fil conducteur de la discussion: l’égalité des chances. Les étudiants qu’il a en face de lui sont engagés dans un programme de soutien scolaire lancé par l’AFEV, l’Association de la fondation étudiante pour la ville. Dans cette école d’ingénieurs toulousaine, la démarche est récente. Sylvain, par exemple, élève en électronique, consacre deux heures par semaine à l’accompagnement éducatif d’un groupe de lycéens.

C’est plus qu’un suivi des devoirs. Il s’agit de susciter le goût des études, et pourquoi pas des études longues, chez des jeunes, collégiens ou lycéens de seconde, qui pensent que le monde de l’université ou des grandes écoles n’est pas fait pour eux. Sélectionnés, il faut quand même un minimum de motivation , ceux-ci sont ensuite regroupés par petites unités de trois ou quatre élèves pour suivre une fois par semaine les leçons et conseils des étudiants engagés dans ce programme de soutien.

François Bayrou a devant lui les nouveaux hussards noirs de la République, auxquels Péguy vouait un culte. Tour à tour, filles et garçons, ils se présentent. Le candidat, ancien prof, a le contact facile avec eux. Ils les questionnent, leur demande leur nom et prénom, qu’il écrit sur une feuille. Gérard se présente. Il a un parler de la « banlieue », là où il a grandi. « Je ne pense pas qu’il y ait une égalité des chances », dit-il au candidat à la présidence de la République. François Bayrou lui demande de développer ses arguments. « Je vis dans une famille de six enfants. C’est notre mère qui nous élève. Mon père n’est pas là », poursuit Gérard, qui a fait une « prépa » à Dijon avant d’être admis à l’école d’ingénieurs de Toulouse. « Ma sœur aimerait faire une école de commerce, mais pour l’instant ce n’est pas possible, il n’y a pas assez d’argent. » Bayrou demande: « Vous n’avez pas de bourse? » Gérard répond : « Si, mais ma mère en a besoin pour subvenir au foyer. »

« Je n’ai pas de baguette magique, mais je suis content de vous entendre », déclare le candidat, quand d’autres agiteraient leur carnet de chèques. Bayrou continue de questionner Gérard, qui reprend la parole : « Il faudrait plus de mixité sociale dans cette école, plus de représentants des quartiers défavorisés. Au collège, où tout se joue, il n’y a pas les moyens suffisants pour faire régner la discipline. Les jeunes essaient de trouver l’argent facile, on connaît la chanson. Mes amis? Ils sont fiers de moi ». Gérard passe le micro à son voisin. François Bayrou a pris bonne note de ses explications.

Antoine Menusier

Antoine Menusier –

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