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Un vrai démocrate est quelqu’un qui se pose des questions naïves. Moi, par exemple, je me suis longtemps demandé pourquoi il était si difficile de pénétrer dans le quartier général de campagne de Nicolas Sarkozy, 18 rue d’Enghien, dans le Xe arrondissement de Paris. J’avais cru, à son ouverture, au début de l’année, qu’on y entrerait comme au café, pour y lire le journal, y piocher de la communication politique, y rencontrer Rachida Dati ou Xavier Bertrand, les porte-parole du candidat. Pour y refaire le monde dans une ambiance accueillante et décontractée. Tu parles! Le QG de Sarko ressemble à une citadelle imprenable, avec sas et vigiles.

Sarko se croit comme un général américain en Irak. En territoire hostile, il se protège. Il a déployé alentour une armada de policiers bien équipés. Mais qui craint-il ? L’ennemi du coin n’est pas un foudre de guerre. A l’angle de la rue d’Enghien on trouve la rue du Faubourg-Saint-Denis. Le territoire est musulman. Les boucheries sont toutes hallal, les boulangeries proposent du pain de semoule et les coiffeurs sont plus joviaux que les fonctionnaires de l’ANPE. Rien ne vaut un shampoing quand t’as pas de boulot. « Une coupe comment, mon frère ? – Une coupe bogosse. »

Les snipers ? Ils se cachent bien. Ici, c’est plutôt lapins et compagnie. Deux attitudes face aux flics : soit tu détalles, soit tu restes immobile. Il y a pas mal de clandestins dans le quartier, avec leur lot d’indics. Six euros le curry, c’est tout juste pas trop cher pour un type qui gagne moins que le smic au noir. Les restaus pakistanais ont dû perdre des clients depuis l’installation du QG de Sarko. En même temps, on voit mal la bleusaille chasser le clandé toute la journée. Le 18 de la rue d’Enghien est un local de campagne, pas un commissariat. Faut pas confondre la présidentielle avec la bataille d’Alger. Malgré cela, les policiers contrôlent le tout venant. Avec de la chance, en une prise ils font coup triple: dealer, drogué, sans papiers.

En vrai naïf, je me demande si le QG de Sarko ne préfigure pas le ministère de l’immigration et de l’identité nationale qu’il a en tête. Qu’est-ce que l’identité ? Qu’est-ce que la nation ? Quand cesse-t-on d’être un immigré ? La dialectique est ouverte. J’ajouterai : qu’est-ce qu’une pute ? Sitôt fini la rue du Faubourg-Saint-Denis commence la rue Saint-Denis, trouée d’abondance mammaire. Du racolage actif des flics on passe au racolage passif des prostituées.

Antoine Menusier

Antoine Menusier –

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