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Dimanche 4 novembre, je regarde le JT de France 2, comme un dimanche. Nicolas Sarkozy vient de rapatrier du Tchad quatre hôtesses de l’air espagnoles et les trois journalistes français détenus à Abéché puis N’Djamena, la capitale, pendant onze jours. Les images montrent la descente de l’avion du président suivi des trois reporters. J’écoute l’information d’une oreille un peu distraite. Puis, j’aperçois en plan moyen les trois protagonistes français avec l’indication des noms respectifs. L’un d’eux flashe à mes yeux : celui de Marc Garmirian, journaliste de l’agence Capa. « Mais je le connais ! On s’est déjà rencontré ! »

J’augmente le son pour écouter ses propos. Depuis plusieurs jours, les médias rendent compte de l’opération dite illicite menée par l’association Arche de Zoé, qui visait à transporter plus de 100 enfants du Tchad vers la France. Le reporter Marc Garmirian qui témoigne ci-dessous, était venu il y a quelques mois assister à une réunion du Bondy Blog pour réaliser un sujet destiné à l’émission « Complément d’enquête » de France 2. Le sujet ne s’était pas fait, et Marc Garmirian s’en était excusé. Ayant conservé son numéro de téléphone, je décide de l’appeler pour recueillir ses impressions sur son expédition tchadienne.

Comment s’est passé votre séjour au Tchad ?

Je suis arrivé à la capitale, N’Djamena, le 17 octobre. J’ai fait mon enquête sur place avant l’arrivée des membres de l’association l’Arche de Zoé, le 25 octobre, à Abéché. J’ai suivi l’association pendant une semaine, pour mon reportage. Au début, 300 enfants devaient être pris en charge. Nous avons ensuite été arrêtés et emmenés au commissariat d’Abéché où nous avons passé onze jours en détention. Entre-temps, les quinze détenus et moi avons passé la journée du lundi 29 octobre et la nuit du mardi 30 au tribunal d’Abéché. Le vendredi 2 novembre, nous avons tous été transférés à N’Djamena. D’après la justice tchadienne, je suis toujours inculpé. Même si les autorités m’ont accordé un traitement de faveur – je n’ai pas été menotté – elles n’ont pas fait la différence entre les acteurs de l’opération et les journalistes professionnels venus enquêter. J’ai demandé un non-lieu. J’attends les suites.

Trois jours après votre retour en France, pouvez-vous expliquer comment se sont passées les négociations entre la France et le Tchad en vue de votre rapatriement ?

L’essentiel est que j’ai été sorti du pétrin. Pour l’instant, les choses ne sont pas claires. Les différentes enquêtes sont en cours. Je sais que mon comité de soutien, les avocats français et le Quai d’Orsay ont été très actifs. Mais l’initiative concrète du rapatriement a été le fait de l’Elysée. Nicolas Sarkozy qui avait appelé au téléphone le président tchadien Idriss Déby, m’a expliqué, dans l’avion, à quel point les Tchadiens sont fiers. Selon lui, sans ce rapport direct, l’affaire n’aurait pas été décoincée. Mais je n’ai pas de commentaires à faire sur le déplacement du président de la République.

Comment réagissez-vous face aux Tchadiens qui voient dans l’opération de l’association Arche de Zoé un comportement « néo-colonialiste » ?

La réaction de la population tchadienne qui accuse l’équipe de trafiquants d’enfants, négriers et colonialistes est compréhensible. Mais d’après les témoignages que j’ai recueillis, les membres de l’association l’Arche de Zoé n’ont pas mené cette opération dans cet état d’esprit. Ce que je trouve choquant, c’est d’entendre le président Idriss Déby, ainsi que la ministre des affaires sociales tchadienne venue au commissariat de d’Abéché, émettre des accusations sans enquête judiciaire préalable.

Propos recueillis par Nadia Boudaoud

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