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Veni, vidi, vici. L’expression autosatisfaite de Jules César peut s’appliquer à la victoire sans appel (mais pas sans suite) de Marine Le Pen, qui accède à la présidence du parti fondé par son père avec 67,65% des voix. Bruno Gollnisch, le perdant, qui a refusé de siéger dans l’exécutif du Front national, a dit toutefois dimanche qu’il ferait allégeance à la nouvelle direction, contrairement à Roger Holeindre, cofondateur du FN, qui a démissionné de ses fonctions la veille, et à Farid Smahi, pourtant élu au comité central, qui a précipitamment quitté le congrès hier après-midi, avant le terme de celui-ci.

A l’écart de ces péripéties, des adhérents, dimanche, poursuivent leurs discussions au bar en attendant le discours de leur nouvelle présidente. D’autres achètent des t-shirts et des livres disponibles aux différents stands. Gauthier, 23 ans, les cheveux parfaitement gominés, fait partie des soutiens de Marine Le Pen. Le jeune homme s’occupe du stand du Front national de la jeunesse (FNJ).

Cela fait trois ans qu’il a rejoint les rangs du parti : « En 2007, j’ai voté pour Le Pen au premier tour de la présidentielle et Sarkozy au second, indique-t-il. C’était un vote pour le moins pire (l’opposante étant Ségolène Royal). Nous avons le droit de vote donc j’ai préféré voter plutôt que m’abstenir. » Gaultier est de mère juive originaire de Constantine en Algérie. « J’ai des amis juifs et quelques-uns musulmans, dit-il, mais je n’affiche pas mon appartenance au FN ostensiblement. » Il n’a pas d’hostilité particulière envers les « étrangers, du moment qu’ils sont patriotes et aiment la France ». Il a voté pour Marine Le Pen car « elle est réellement proche du peuple. Elle est proche du Français moyen à travers ses habits notamment qui sont d’un style modeste. »

Lors de son discours d’après élection, la nouvelle présidente du FN a semblé attacher plus d’importance à la laïcité que son père, mettant en avant la nécessité d’un Etat protecteur de ce fondement et soulignant le caractère privé des convictions religieuses. Gauthier, pour qui cependant le christianisme doit être « un repère et une référence civilisationnelle », comme le répète d’ailleurs Marine Le Pen, partage cette vision.

Maladroitement théâtrale durant son discours, la présidente élue du FN a fixé les premières bases de son programme, reprenant certains ingrédients de son père : un Etat fort, une souveraineté retrouvée qui refuse « l’Europe de Bruxelles » et un renforcement de la formation qu’elle dirige pour en faire un parti de « bâtisseurs » en vue des présidentielles de 2012.

Dans un coin de la salle de presse, j’aperçois Elisabeth Lévy, rédactrice en chef du site Causeur.fr. La journaliste alerte souvent, sur les plateaux télé, sur la menace islamiste ainsi que sur le problème de l’immigration. Deux thèmes forts du FN qui alimentent la machine idéologique de ce dernier. « Trop longtemps on a mis ces thèmes de côté au prétexte que le FN s’en sert. Mais ce que j’observe, c’est un problème lié à l’islamisme et à l’immigration. Et il est dangereux de laisser ces gens (du FN) s’approprier ces questions. »

Quelle différence, alors, entre le discours frontiste et celui d’Elisabeth Lévy, que partagent d’autres intellectuels de gauche ou venant de la gauche ? « La réponse à ces problèmes passe par l’éducation et l’école, d’une part. D’autre part, il y a une pression du groupe dans les populations d’origine étrangère. Il faudrait que les modérés s’expriment, or on ne les entend malheureusement pas. Il faut les soutenir pour les amener à prendre la parole. »

A plusieurs reprises, la présidente du FN a fait référence à l’islamisme et à l’immigration, mais le ton qu’elle a employé était moins véhément que celui de Jean-Marie Le Pen et de Bruno Gollnisch. En revanche la voix a rugi davantage lorsqu’elle a abordé des problématiques comme la souveraineté et les adversaires politiques du parti aux couleurs bleu-blanc-rouge. Une manière comme une autre, peut-être, de rompre progressivement avec l’équation FN = extrême-droite = raciste.

Aladine Zaïane

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