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En prévision de la rentrée de septembre du Bondy Blog (quelques surprises en vue), je me suis mis à lire tous les livres de et sur Barack Obama, le sénateur métis de l’Illinois, candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine. C’est ainsi que, faisant la queue chez un concessionnaire de voitures de Livry-Gargan, je suis plongé dans son ouvrage « L’audace d’espérer »*. Et là, un homme qui attend sa commande en compagnie de son jeune fils, me dit : « Il ne passera pas, c’est pas possible. »

Surpris par sa réaction, j’engage la conversation, mais il enchaîne aussitôt : « Ils ne peuvent pas laisser un homme noir passer là-bas, ils sont trop racistes. Moi, je parie qu’il ne passera pas. » « Il », c’est Barack Obama. L’homme, écouté avec admiration par son fils qui lui tient la jambe, poursuit avec un léger accent d’Afrique du Nord : « Les Américains, ils ne peuvent pas laisser passer quelqu’un comme ça. Bon, ils ont quand même pris un coup sur la tête avec l’Irak. Ça leur a fait du bien, ils ont dû comprendre que tout n’était plus possible. Et puis avec la crise et la baisse de leur pouvoir d’achat, ils ont dû apprendre un peu à être moins orgueilleux. Mais même si je l’aime, dit-il à propos du sénateur en montrant la couverture de mon livre, ils ne peuvent pas accepter quelqu’un comme lui. »

Une femme plus âgée, genre moyenne bourgeoisie, intervient : « Mais si, il n’y a pas de raison, ils sont bien plus avancés que nous sur ce sujet. Vous verrez. Et puis, ajoute-t-elle, il a l’air très bien cet homme. » Moi qui pense plutôt comme la dame, j’acquiesce timidement tandis qu’un troisième homme d’une cinquantaine d’année, apparemment un Antillais, prend le parti du monsieur : « Moi, dit-il, je me demande s’il va aller jusqu’au bout ! »

Sur cette interrogation lourde de graves sous-entendus, un employé vient livrer la jante de voiture qu’attend l’homme accoudé au comptoir, mettant ainsi un terme à la conversation. Ce dernier prend sa commande et la main de son enfant, puis se dirige vers la sortie. Mais alors qu’il me dépasse, il lève les yeux, me regarde et dit sur le ton du parieur marseillais livrant son pronostic : « Vous verrez, il ne passera pas. »

Axel Ardes

*Barack Obama, « L’audace d’espérer : une nouvelle conception de la politique américaine », Presses de la Cité, 368 pages.

Axel Ardes –

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