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Le 23 août dernier, un rassemblement devant l’église Saint-Bernard à Paris a commémoré le 13e anniversaire de l’évacuation du lieu par les CRS, en 1996. Cette occupation fait date car elle marque un tournant dans la lutte des sans-papiers, qui éclate alors au grand jour. Ces hommes et ces femmes que l’on appelle improprement « sans-papiers » (il faut voir leurs dossiers de demande de régularisation, des mallettes remplies de papiers administratifs en tous genres) sont toujours là. L’occupation durant un peu plus d’un an de la Bourse du travail de Paris, dans le 3e arrondissement, déclenchée en février 2008 à l’initiative du collectif des sans-papiers de Paris (CSP75), a fait beaucoup parler d’elle, surtout au début, et un peu sur la fin. Durant 14 mois, ils ont occupé les lieux pour demander leur régularisation.

Mais très vite, des problèmes sont apparus entre la CGT et les délégués de la CSP75. « Nous sommes arrivés à la Bourse du travail car nous sommes des travailleurs sans papiers et isolés : nous sommes dans des petites boîtes et des fois au black, donc c’est difficile pour nous de bénéficier de l’article 40. On a donc demandé au syndicat de nous aider pour avoir le même bénéfice que les sans-papiers qui travaillent dans des grosses boîtes, mais ils ont refusé. »

L’article 40 dont parle M. Diallo, l’un des responsables du CSP75, fait référence à la loi Hortefeux du 20 novembre 2007 « relative à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile ». Cet article donne la possibilité de régulariser un sans-papier sur demande de son employeur à condition qu’il travaille dans un secteur « en crise » où il y a besoin de main-d’œuvre et que l’employé soit sous contrat depuis un an minimum. Pour ceux qui travaillent au « black », il sera compliqué d’obtenir une demande de leur patron qui les embauchent illégalement…

Du côté de la CGT, on met en avant la méfiance excessive des délégués du CSP75 qui auraient « interdit tout contact entre ces travailleurs sans-papiers et la CGT », tout en faisant « appel à son soutien ». « C’est parce que nous ne pouvions laisser perdurer cette occupation stérile que le mouvement syndical parisien a décidé de sortir ces femmes et ces hommes de cette impasse, et ce, sans faire appel aux forces de l’ordre. » Effectivement, c’est le service d’ordre de la CGT qui est intervenu pour expulser les occupants de ses locaux le 24 juin dernier. A en croire M. Diallo, l’évacuation ne se serait pas faite en douceur : « On nous a gazés et tabassés. Dix-huit des occupants ont été blessés. »

Les travailleurs « sans-papiers » sont restés jusqu’au 17 juillet et même au-delà devant la Bourse du travail, date à laquelle la Préfecture a accepté d’étudier les dossiers des 300 personnes à condition d’évacuer les lieux. Mais pour « suivre les dossiers » et « ne pas se disperser » une bonne partie de ces sans-papiers est partie occuper à quelques stations de métro de là, dans le 18e arrondissement de Paris, un hangar appartenant à la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM). Mais là encore, une expulsion manu militari est en suspend car une décision de justice les somme de quitter les lieux.

En parlant avec les gens présents, on en apprend un peu plus sur leur profil, leur vie et leur débrouille. Notamment pour ceux qui ne travaillent pas au « black » ; comment font-ils pour travailler presque « légalement » ? « On se présente avec la carte d’un cousin, d’un ami ou d’un frère ! » Dans le monde des sans-papiers, on fait avec les moyens du bord comme on dit.

Les demandes de régularisation de 300 personnes environ sont donc entre les mains des autorités compétentes. Tout le monde ici, à la rue Baudelique, retient son souffle. Les gens restent en groupe, il est très rare de trouver quelqu’un seul dans son coin. On se raconte des blagues, d’autres discutent de tout et de rien, de la traversée de la frontière jusqu’au bon Mafé de mama… Si vous demandez à M. Diallo s’il croit que les autorités vont régulariser tous les sans papiers, il vous répondra : « Ils ne vont pas le faire. »

Aladine Zaiane (texte et vidéo)

« L’homme politique ne doit pas diaboliser les autres »


Les sans papiers occupent le CPAM
envoyé par Bondy_Blog. – L’info internationale vidéo.

Aladine Zaiane –

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