photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

« Chez Hassan, on vote. » Derrière son comptoir, Hassan lave deux carafes. Une machine moud le café noir. Deux clients mangent un couscous. La semoule fume. C’est une pizzeria. Pour compliquer les choses, chez Hassan, ce dimanche, il y avait un isoloir et un bureau de vote. C’est ici, à la Marguarita, que les électeurs de ce quartier de Saint-Ouen étaient appelés à voter. « C’est étrange. C’est pas neutre comme endroit, c’est un commerce » juge une dame qui s’apprête à prêter sa voie citoyenne.

Deux tables du restaurant ont été réquisitionnées. Les six bulletins et les enveloppes y sont disposés. « Le lieu est peut-être exotique, mais ça reste professionnel. » Un diabolo à la menthe intervient. Un militant, adjoint au maire, explique : « La mairie ne nous a pas donné d’équipements publics. Donc, on a du se débrouiller par nos propres moyens. « Hassan a été contacté par un ami et il a accepté. »

L’Arena est un restaurant de l’avenue Michelet, où les pâtes sont à la tomate, où les raviolis baignent sous le parmesan. On entre. « On propose un menu à 13 euros » informe le chef. Mais aujourd’hui, dans ce restaurant italien, les clients mangent des paellas espagnoles. À en perdre la tête, cette affaire. Au fond du restaurant, dans un recoin, un second bureau de vote est installé.  Un militant s’insurge : « Même les isoloirs viennent d’Aubervilliers, la mairie ne nous a rien mis à disposition. » Et son collègue de rappeler, « la politique, c’est comme l’informatique. 80% des attaques sont internes. »

Les communistes, qui ont pris d’assaut la mairie depuis toujours, n’ont pas jugé citoyen d’ouvrir les écoles et salles municipales. Comme partout. « C’est ma fille de Bordeaux qui a appelé pour savoir où je votais » dit une vieille qui s’apprête à glisser Hollande dans l’urne. Deux filles, Sonia et Dihiya, rôdant dans les parages, comptent leurs monnaies. « J’aurais préféré m’acheter une canette et des carambars au lieu de voter » dit la première. La seconde de rempiler : « On aurait pu donner la monnaie à des clochards au lieu de la donner au PS. » En duo, elles voteront Aubry.

Isolé, dans le quartier du vieux Saint Ouen, le Fer à Cheval est une brasserie. Une bière et un café collent au bar. « J’ai donné un euro pour voter et un euro vingt pour le café » calcule une femme. « Voter dans un café, c’est convivial » conclut-elle. On intercepte un Coca-Cola qui pique. Les bulletins s’immiscent dans l’urne. Une militante, qui croit encore en Ségolène Royal, tient le bureau : « On est dans un quartier populaire. Les femmes voilées et un homme en boubou sont venus voter » ose-t-elle, un peu bégayante.

Plus bas, au Parc du Château, la brocante de la ville patauge dans les flaques d’eau. On se presse à dealer des vêtements mouillés. Les cassettes vidéos se vendent presque gratuitement. José, la cinquantaine entre les dents, n’a pas pu voter parce qu’il n’est « pas inscrit sur les listes. J’aurais voter Hollande, parce que Ségolène, elle est fatiguée. » Et, aux dernières nouvelles, c’est François Hollande qui devrait payer sa tournée à Saint-Ouen.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

Articles liés

  • La fête de l’Huma, carrefour mélancolique des gauches en défense

    Tous les ans, la même question revient au moment de la fête de l’Humanité. On se demande qui y va encore. Des vieux communistes, des jeunes parisiens, des familles ? Y a-t-il encore des gens qui y vont pour autre chose que les concerts et l’alcool ? Et, finalement, trouve-t-on encore quelque chose de politique à la fête de l’Humanité ? Difficile de réfléchir comme ça, là-dessus : la question a été mal posée.

    Par Wassily Carpentier
    Le 17/09/2019
  • Les maires du 93 ne se plaignent pas, ils portent plainte !

    Samedi 8 septembre, sur le parvis de la préfecture de Bobigny, les maires de Stains, de Saint-Denis, de l’Ile-Saint-Denis, de Bondy et d’Aubervilliers ont officialisé leur désir de porter plainte contre l’Etat. L’objectif de ce recours en justice est simple : obtenir une reconnaissance des besoins essentiels du département par l’Etat et un dédommagement en conséquence.

    Par Audrey Pronesti
    Le 10/09/2019
  • A Clichy, le gouvernement lance les « Cités éducatives », héritage du plan Borloo

    Julien Denormandie a fait sa rentrée à Clichy-sous-Bois. Toute une semaine de permanence en Seine-Saint-Denis pour le ministre de la Ville et du Logement, durant laquelle il en a profité pour lancer officiellement les « Cités éducatives » en compagnie du ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Reportage.

    Par Héléna Berkaoui
    Le 07/09/2019