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Il y a quatre ans, dans un café d’Orly. Il faisait déjà nuit. Les lampadaires tremblotaient. Razzy Hammadi s’était trainé jusqu’ici. Il venait de se faire écraser par les ténors de la ville aux municipales. Les larmes retenues dans les cils. La gorge serrée. Le parachuté a raté son atterrissage. Aujourd’hui, le temps passé, il dit : « Orly, c’était une erreur ». Affaire classée.

Quatre ans plus tard, un café de Montreuil, « le Salé ». A l’intérieur, des amis et voisins du quartier dévisagent la télé. Posée sur une chaise, elle-même posée sur une table. Installation bricolée. Quelques poussières de secondes volent. L’ultime décompte s’égrène. Et l’Assemblée, c’est un fait, est rose bonbon. Tout le monde applaudit. « Voir ça, c’est la joie » coupe une dame, fixée devant France 2.

A Montreuil, Razzy Hammadi vient d’être élu à 100%. Un score de dictateur. Et pour cause, les électeurs n’avaient le choix qu’entre Razzy et Razzy. Le député sortant Brard (PC), vieux routard, s’étant retiré, suite à un accord avec le PS et à un vote des militants communistes. Sur les murs du café Salé, près de la mairie, quelques affiches de Razzy Hammadi. Il entre. Liesse générale. Des femmes font des youyous. Certains lui balancent des serpentins. Il dit : « Bon, c’est ma tournée ». Il serre chacun dans ses bras.

Pendant ce temps, devant la télé, les militants socialistes applaudissent la chute de Morano et Marine le Pen à pleines mains. Ils sourient à pleines dents. Un jeune du quartier, 16 ans, rode : « J’espère que Razzy Hammadi pourra faire quelque chose contre la loi du téléchargement illégal ».

Le désormais-député claque encore des bisous dans tous les coins. Un militant, qui a collé aux basques du candidat, témoigne : « Il s’est installé à Montreuil, pour y vivre, il y a trois ans. Il n’était pas question d’élection. Mais le contexte politique a fait qu’il a pu se présenter ». La maire verte, Dominique Voynet, a voulu une alliance Verts-PS, Hammadi a refusé. « Il s’est fait tout seul, au nom du PS », clame un gars.

Une habitante du quartier : « Je suis fier de lui. Et puis Razzy est d’origine maghrébine, c’est un grand espoir pour nos enfants ». Un peu plus loin, sa mère, qui a fait le déplacement depuis Toulon, corrige : « On peut pas dire qu’il est d’origine maghrébine. Il est citoyen, il est Français, il est laïc. il travaille pour la France ». Le terme d’élu de la diversité ne lui « plait pas ». Razzy suit sa mère, comme un mot d’ordre : « Faut pas se résumer à ça. Je suis français ». Un journaliste, caméra à l’épaule, est dans le coin. Il fait un docu sur ces noirs et ces arabes qui feront leur entrée à l’Assemblée Nationale. Il admet qu’il existe une gêne chez certains, que ce terme de diversité ne plaît pas  : « Ils utilisent ça mais à la fin il faut pas trop le dire. Ils n’ont pas envie d’être ramenés qu’à ça. »

Elle porte une robe turquoise. Une caméra dans les mains. Elle saisit ce moment pour pouvoir le revoir. Se le rejouer. La compagne de Razzy Hammadi sourit. Elle est félicitée autant que lui. « Il s’est battu depuis des années ». Sa victoire est le début d’une nouvelle période. Où, quoi qu’il puisse dire, il sera l’un des premiers députés issus de l’immigration à l’Assemblée. Ce soir, il sourit avec insolence de son entrée à l’Assemblée. Le souvenir d’Orly, lui, s’est bien dissipé.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah.

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