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Dans son discours en faveur de l’égalité des chances, le président a recyclé toutes les idées qui nourrissent ce débat depuis 2004. Un discours unitaire jusqu’au bout, slamé devant la future élite française : « Comment peut-on parler de République quand la réussite scolaire et l’avenir professionnel dépendent non de l’intelligence, non du courage, non de l’ardeur au travail, non du mérite mais d’abord du milieu social d’où l’on vient, du quartier où l’on habite, du nom que l’on porte, de la couleur de sa peau ? ». La petite Anne-Charlotte Wendel de Neuilly-sur-Seine a du souci à se faire, Salima Benslimane de Bobigny peut reprendre espoir.

La sortie du président sur cette question est une bonne nouvelle si l’on veut bien considérer l’avenir avec un minimum de sérénité. On tournait en rond, un second souffle était nécessaire. Nicolas Sarkozy a tiré les leçons de l‘Obamania. Il fallait bien faire quelque chose entre l’historique 4 novembre 2008, jour des élections américaines et l’intronisation non moins planétaire de l’entrée du futur président US à la maison blanche, le 20 janvier prochain. Ce laps de temps est tout à fait confortable pour occuper le terrain du métissage : « Relever le défi du métissage que nous adresse le 21ème siècle. La république a toujours au cours des siècles métissé les cultures, les idées, les histoires.  ». Son copain Barack est prévenu, la France Change aussi.

Le problème avec Nicolas Sarkozy, c’est qu’il se dégage une force terrible de son discours, une force morale, une force intellectuelle. C’est un ouragan et dès que vous sortez de l’œil du cyclone, c’est game over sur toute la ligne. Autrement dit, le catalogue présenté hier est une vraie lettre au père Noël. Chacun est libre d’y croire ou pas, et le cas échéant de déposer sa chaussure sous le sapin. « Je ne tolèrerai pas que ce qui a été décidé ne soit pas mis en œuvre rapidement. Je ne tolèrerai pas que ce qui doit être une priorité soit relégué au second plan ». Petite consolation sémantique à l’endroit de Fadela Amara.

Après l’éducation nationale et son cortège de mesures pour favoriser l’excellence, les aides pour préparer les concours, l’expérimentation des CV anonymes pour éviter que la candidature de Babacar aille rejoindre celle de Luis dans les poubelles des DRH, le président de la République s’arrête un instant sur la vie politique. Il prend son souffle et annonce : « Tous les partis politiques ont un retard considérable à rattraper. Peu de candidats issus des minorités sont présentés au suffrage, encore moins élus. Cette situation est injuste. » J’ai cru entendre un militant du Mouvement immigration Banlieue ou alors le porte parole des Indigènes de la République.

Pour enfoncer le clou, il ajoute : «  Quelle peut-être la légitimité d’une classe politique dans laquelle une bonne partie de la population ne se reconnaît pas ? » Mon stylo tombe par terre, je n’ai plus la force d’écrire, je tremble. Et il en remet une couche : « Pour introduire davantage de diversité, il faut renouveler la classe politique en profondeur. Je souhaite donc que les partis s’engagent sur une charte de la diversité. Leur financement public pourrait être conditionné au respect de leurs engagements. » Martine Aubry et Xavier Bertrand doivent le savoir, avant de venir chercher l’enveloppe, il faudra montrer patte multicolore.

La fin du discours approche, le président montre des signes de fatigue, il trébuche sur certains mots, interpelle ses ministres et quelques personnalités au premier rang. Il annonce le nom du nouveau chef de chantier de la diversité, Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’égalité des chances. Un architecte a toujours besoin d’un chef de chantier. C’est lui qui devra assumer les retards. Ce dernier a trois mois pour mettre tout le monde dans le sens de la marche avec comme feuille de route un discours conclut par cette phrase : « Nous devons changer et nous allons changer. » Obama fait des émules. Sabeg devra tenir les délais… .

Nordine Nabili

Nordine Nabili –

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