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Voitures aux vitres teintées et rue barrée. Ce n’est ni Sharon Stone, ni Nicolas Sarkozy qui visite l’ANPE de Corbeil-Essonnes, c’est Fadela Amara. C’est dans cette petite agence, au bord de la Seine, que la secrétaire d’Etat à la politique de la ville a décidé de présenter le « contrat d’autonomie », dont l’ambition est de diviser par deux le chômage dans les quartiers. Ce contrat, l’un des grands axes du plan Espoirs banlieue, s’adresse aux 16-25 ans, 45 000 emplois devraient être créés en trois ans. Les jeunes, futurs travailleurs, seront pris en charge, coachés puis placés en CDD ou CDI. Ça c’est pour les volontaires, les autres « on ira les chercher nous-même », assure la secrétaire d’Etat. Coût de l’opération ? « 20… euh… 25… non, 250 millions d’euros sur trois ans », bégaye-elle.

Pourtant, il ne s’agit pas de bégayer. Ce lundi, c’est jour de comm ! La politique de la ville est de sortie et un panel est là pour l’accueillir : des jeunes à peine majeures invités à témoigner de divers bienfaits, des journalistes friands d’annonces chocs, des dirigeants d’entreprises et de boîtes intérim au grand cœur, et même le pas si inattendu milliar-maire de Corbeil, Serge Dassault, accompagné de « son sonotone », dixit une invitée.

Le maire UMP octogénaire, réélu dignement, tente de donner de la voix, « l’éducation nationale forme les jeunes à rien ». M. Dassault, les milliers de suppressions de postes prévus par notre cher président dans l’éducation nationale, est-ce cela qu’il faut pour améliorer le système pourri que vous évaluez ? Et notre pépère d’ajouter : « Il faut trouver un emploi à ceux qui n’ont pas de formation. » Lui-même se targue de n’employer que des jeunes qualifiés dans ses fabriques d’armes et autres filières. Avec tout çà, on allait oublier pourquoi on est venu : Fadela Amara, son projet, ses évolutions.

Le 8 février dernier, son « Espoirs banlieue, une dynamique pour la France » a été présenté au palais de l’Elysée par le président de la République. La secrétaire d’Etat l’assure : « Nicolas Sarkozy suit les évolutions, peut-être pas tous le jours, mais il les suit. ». Quant à sa conseillère, quelques minutes auparavant, elle nous questionnait, catégorique : « Vous croyez qu’il nous appelle, Sarkozy, vous ? » Bref, le cabinet Amara rame seul.

Devant les caméras, la secrétaire d’Etat dit ne pas être gênée de ce que le président n’ait pas évoqué les quartiers, jeudi dernier, à la télé. Elle affirme même ne plus vouloir de « politique spécifique de la ville », tout le contraire de ses déclarations d’avant le 8 février. On n’y comprend plus rien ! « On compte beaucoup sur une dynamique interministérielle, avec un projet commun, même si Fadela n’a pas que des amis au pouvoir », confie Fanny Auverny, sa conseillère en communication.

C’est au tour d’un verre (en plastique) que la visite continue, l’occasion de rencontrer les Corbeil-Essonnois. Sherazade est rassurée, elle a réussi à passer son CV. Elle déplore toutefois « le manque d’implication de la ville (de Corbeil) dans l’emploi ». L’habituée de l’ANPE a même eu le droit à un petit « c’est un vrai ton sac, là ? », de la part de Fadela Amara, pointant le Chanel en bandoulière !

Mais on n’allait pas finir la journée par ce dialogue de filles. Dassault en a une bonne : il regrette que le contrat autonomie, qui a pour priorité les banlieusards, ne soit pas présenté en banlieue mais « en province ». Il réfute le terme « banlieue ». Il est maire d’une « ville de province », c’est compris ? Et « les Tarterêts », c’est un coin pavillonnaire. Il est l’heure de décoller, et l’on espère du fond du cœur que la promesse du contrat d’autonomie donnera de beaux fruits. Il pleut.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

Mehdi et Badroudine –

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