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Cette citation extraite d’un morceau de rap est symptomatique d’un certain état d’esprit régnant dans les quartiers. Pourtant, si tout le monde est bien conscient que la violence ne résout rien, force est de constater que, depuis plus de deux décennies, les jeunes des quartiers populaires n’ont été entendus que lorsque ont éclaté des émeutes. Et encore, entendus peut-être, mais pas écoutés. Car malgré les promesses, rien de ce qui a été entrepris n’a permis d’améliorer durablement la vie dans les quartiers. Les échéances présidentielles qui arrivent sont l’occasion de changer la donne. Les habitants et notamment les jeunes peuvent et doivent faire valoir leur place dans la société. Pas question de baisser les bras devant les portes fermées. Ces portes, il faut les défoncer. Glisser un bulletin dans l’urne peut équivaloir à cela. Les évènements de l’automne 2005 ont battu tous les records : nombre de voitures brûlées, montant des dégâts, etc. Mais aussi, phénomène notable, ils ont engendré une prise de conscience citoyenne dans les quartiers, un « sursaut civique ». L’appel solennel lancé par des personnalités médiatiques (Joey Starr, Lilian Thuram, Djamel Debbouzze…) aux jeunes des cités afin qu’ils s’inscrivent sur les listes électorales a porté ses fruits, et par delà les attentes, c’est un véritable raz-de-marée citoyen qui a eu lieu dans les banlieues et quartiers de France.

« En 2002, on a fait l’erreur de ne pas aller voter et Le Pen s’est retrouvé au deuxième tour. On ne ratera pas la prochaine élection présidentielle… ».

Cela dit, cette hausse des inscriptions sur les listes électorales, qui ne devrait être a priori considérée comme une formidable victoire de la démocratie et un espoir en provenance des quartiers populaires, ne semble pas réjouir tous les hommes politiques. Craignant un « déséquilibre des institutions » que pourrait provoquer un vote massif des jeunes des quartiers, Nicolas Sarkozy a en effet très vite réagi à l’appel des personnalités. Parfaitement conscient du fait qu’il est devenu, à grands coups d’insultes, d’attitudes méprisantes et provocantes, « l’ennemi public n°1 » dans les cités, n’est-il pas plutôt effrayé par la perspective de voir ses scores électoraux diminuer, et ce même si les sondages l’annoncent toujours en tête ? Aujourd’hui, une question reste entière : la vague d’inscriptions se traduira-t-elle réellement par une participation importante dans les bureaux de vote des quartiers ? Ce point d’interrogation que nous posons est d’autant plus légitime si la représentation de la jeunesse des cités, des précaires ou des minorités dites « visibles » demeure telle qu’elle est depuis plusieurs années, c’est-à-dire quasi-inexistante. S’agira-t-il d’un essai transformé, ou d’un simple feu de paille provoqué par une émotion soudaine ? Le silence de la gauche traditionnelle, a priori la plus apte à recruter dans son électorat les populations les moins favorisées, durant le mois de novembre, ne laisse présager rien de bon. A ce sujet, la lecture de l’ouvrage d’Olivier Masclet sur le « rendez-vous manqué » de la gauche avec les cités s’avère essentielle. Malgré cet état des lieux relativement inquiétant, les jeunes des quartiers ne doivent pas se laisser gagner par un sentiment de lassitude. Leur vote est indispensable, c’est la première étape indispensable à la réforme d’un système de représentation politique sclérosé.

Mathieu Percheminier

Mathieu Percheminier –

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