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Son père était déjà venu en France pour travailler. Comme beaucoup de ses compatriotes, l’idée était alors « qu’il gagne un maximum d’argent pour retourner en Algérie », explique Souliha. Mais la vie en a décidé autrement, et il a fait venir sa famille dans le cadre du regroupement familial. « Il y avait ma mère, ma sœur, mon frère et moi ». Ayant vécu en France depuis 40 ans, « il est normal que je me sente plus française, mais je n’oublie pas pour autant  mes racines algériennes », précise-t-elle.

Pour aider sa famille financièrement, Souliha enchaîne les petits boulots en faisant ses études. Quand elle fait son entrée dans le monde du travail dans les années 1990, elle n’a aucun problème pour trouver un emploi avec sa carte de résidente. Elle travaille tantôt comme secrétaire, tantôt comme employée dans la restauration.

A cette période de sa vie, la question du vote et de la nationalité française n’est pas encore sa priorité. L’essentiel, pour elle, c’est de créer à son tour sa propre famille. Son futur mari, elle l’a rencontré dans le bac à sable de l’école maternelle de Bobigny. Amis de long date, ils se sont mariés  et ont eu trois enfants.

Côté vie professionnelle, Souliha est intérimaire jusqu’au moment où elle constate que sa conseillère ne lui propose plus de nouvelles missions. Elle lui demande des explications, d’autant que que sa collègue française, elle,  continue de travailler. Sa conseillère lui répond que, sur certaines offres d’emplois, des codes sont mis par les employeurs afin de réserver ces postes aux personnes de couleur blanche. « C’était peu de temps après les événements du 11 septembre : étant Arabe et sans la nationalité française, les employeurs refusaient systématiquement ma candidature. »

Le déclic a lieu au moment où elle décide de devenir titulaire et de travailler pour le conseil général. Elle entame alors les démarches pour être naturalisée française. C’est d’autant plus important pour elle que ses enfants sont nés ici et qu’elle a peur d’être un jour séparée d’eux si la législation change en France. « C’est inimaginable pour moi d’être loin de mes enfants ! », reconnaît-elle

Issue d’une famille qui a l’habitude de voter à gauche, Souliha s’intéresse à la politique. A chaque élection, elle se sentait frustrée de ne pas pouvoir donner son avis en votant comme le faisaient sa famille et ses amis. C’est aussi pour cela qu’elle a monté le dossier. Il lui a fallu trois ans pour obtenir sa naturalisation. Et Souliha se rappelle encore de la date : « C’était le 19 juillet 2010 ! » Ce jour-là, elle est partie récupérer sa carte avec son fils et son époux à la préfecture de Seine-Saint-Denis.

Aujourd’hui, Souliha vit à Bobigny avec sa famille. Son métier d’assistante maternelle la passionne et lui permet d’être auprès de ses enfants pour leur donner une bonne éducation. Elle est fière d’aller voter à son tour pour la prochaine  présidentielle. Dans sa cité, elle encourage aussi les jeunes à s’inscrire sur les listes en leur expliquant l’importance de se rendre aux urnes : « Votre voix doit être entendu comme celle de tout le monde ! »

Hana Ferroudj

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