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[LES BÂTISSEURS] Audrey Neveu et Clara Da Silva, deux femmes, passionnées de littérature, lancent leur projet. Objectif : ouvrir une librairie à Bondy, commune de Seine-Saint-Denis qui n’en possède pas. Rencontre avec ces deux militantes d’une culture ouverte pour le département. 

C’est le projet de deux femmes, amoureuses des mots et attachées au 93. Clara Da Silva et Audrey Neveu, toutes deux âgées de 37 ans, habitent respectivement Gagny et Bobigny. Si ces deux amies se trouvent dans le petit café situé en face de l’église de Bondy ce mercredi après-midi, c’est pour parler du projet qu’elles souhaitent développer dans ce petit périmètre. « On voulait vraiment s’implanter dans une ville de Seine-Saint-Denis. Le département est déserté par les libraires, il n’y en a qu’une dizaine. Il était important pour Clara et moi d’en faire partie. C’est pourquoi nous avons fait le tour de plusieurs communes, avant d’arrêter notre choix sur Bondy”, explique Audrey.

Cette ville qu’elles qualifient « de très vivante avec un certain dynamisme culturel », a été choisie notamment pour les projets de la mairie en matière de développement, mais pas que : « dans les années à venir, la ligne 15 du métro passera par là. Il y a de quoi faire vivre son commerce et surtout un seul point de librairie, le Monoprix », détaillent les futures libraires. La dernière librairie de Bondy a fermé ses portes en 2011.

« On ne veut pas concurrencer Amazon ni Monoprix. On veut apporter notre petit caractère »

Dans le 93, on a surtout l’habitude de lire les annonces de fermetures de magasins et les désertions des librairies. La Seine-Saint-Denis compte 14 librairies pour 1,5 million d’habitants, ce qui en fait le département le moins bien pourvu de France. Les Séquano-Dionysiens sont nombreux à alors acheter leurs livres dans les grandes enseignes.

« Aujourd’hui, les Bondynois, comme les habitants des villes voisines, se rendent à la Fnac pour acheter des livres. D’autres les achètent en ligne sur ce que j’appelle « le diable »‘, s’amuse Audrey. Le diable, c’est Amazon. « On ne veut pas concurrencer Amazon ni le point relais du Monoprix. Ce qu’on veut, nous, c’est apporter notre petit caractère dans un lieu ouvert au coeur de la ville« , ajoute Clara.

Audrey Neveu, 37 ans, de Bobigny, une des deux porteuses du projet de librairie à Bondy.

Pour se faire une idée des attentes des habitants, elles ont décidé de les interroger à travers un questionnaire en ligne. Le lien est aussi visible sur le compte Facebook de la bibliothèque Denis Diderot. Une version papier du questionnaire est également disponible sur place, mais aussi au conservatoire situé un peu plus haut dans la rue Salengro. « Nous avons conscience que ce questionnaire est présent dans des lieux culturels, ce qui pourrait fausser nos résultats. Mais nous comptons ensuite aller sur le terrain pour voir si les réponses concordent », relativise Clara qui travaille actuellement à la Fnac. Cette dernière a par ailleurs obtenu, avec la mention Bien, une licence des métiers du livre, option « librairie ». Audrey, quant à elle, fait actuellement une formation pour la création d’entreprise qui s’achèvera en juillet.

« Des auteurs du 93, des livres d’intellectuels : notre action est aussi militante, sans être politique »

« De part nos expériences, nous avons déjà de bons contacts avec des fournisseurs. Nous sommes également entourées d’avocats et comptables, pour élaborer au mieux notre plan », détaille Audrey Neveu. 

Les amies, qui ont dernièrement fait partie du jury du prix Hors concours dédié exclusivement aux auteurs et éditeurs indépendants, ont à cœur de mettre en avant ce type de profils dans leur future librairie. « Nous voulons un lieu qui parle à tous. Notre action est aussi militante, sans être politique. Il faut un endroit capable d’accueillir les livres en lien avec l’actualité, mais aussi ceux des indépendants. Les auteurs du 93 seront là. Notre librairie sera vraiment généraliste et il faudra savoir jongler avec un panel de bouquins sur des sujets hétéroclites. Il y aura des livres d’intellectuels mais aussi sur la santé ou la cuisine », avancent les deux jeunes femmes qui veulent par ailleurs organiser des concours de nouvelles et pourquoi pas des cafés citoyens.

Clara Da Silva, 37 ans, de Gagny, une des deux porteuses du projet de librairie à Bondy.

Au programme : un stock d’environ 8000 livres avec un prix moyen de 11 euros. « Il y aura des livres atypiques, aux formes originales, mais aussi des dictionnaires », s’amuse Audrey.

Une rencontre prévue le 9 mars à la mairie

« Nous avons pris contact avec la mairie qui a répondu avec un certain enthousiasme. On aura plusieurs casquettes. Il faudra gérer la comptabilité, faire le ménage, prévoir les budgets, passer les commandes, mais nous sommes prêtes ». Pour avancer sur leur étude de marché, le duo a rendez-vous le 9 mars prochain avec différents acteurs de la ville. « Ce rendez-vous servira à discuter de l’emplacement mais aussi à exposer un projet plus détaillé avec des chiffres. Nous avons pris conseils auprès de professionnels du livre, afin d’être fixées. Le but est de lancer un commerce tout en se faisant plaisir ».

Les amies, qui prévoient chacune un apport personnel, ont également demandé des aides pour lancer leur commerce de proximité notamment auprès de la région qui dispose d’un pôle culturel d’aide à la création de fonds mais aussi du Centre national du livre. Du côté de la ville, Audrey et Clara espèrent ainsi trouver un local d’au moins 70 m2 avec un loyer à la hauteur de leur futur chiffre d’affaires. Leur objectif est d’ouvrir leur librairie « vivante, pimpante, clinquante et surtout pérenne », d’ici la fin 2017, avec un site qui permettra de passer des commandes en ligne. En cette journée des droits des femmes, on ne peut que leur souhaiter bonne chance  !

Inès EL LABOUDY

Crédit photo : Felipe Paiva

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