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Lundi 23 février, 14h, en plein milieu d’un stade désert de Clichy-sous-Bois (93), le Chapiteau palpite au rythme de la répétition de la pièce « La Maison de mes aïeux ». Au cœur d’une petite scène au décor minimaliste, une horde de comédiens amateurs clichois, raconte avec sincérité et émotion les souvenirs empilés dans la maison de leurs ancêtres.

« Créer, c’est se souvenir » disait Victor Hugo. Pour accoucher de cette pièce, Martine, Myriam, Thierry, Hassina, Fatima, Nathalie, Alain, André et Véronique, ont dû se replonger, le cœur gros, dans leurs souvenirs d’enfance permanents, inflexibles ou enfouis. Au milieu d’un décor vintage constitué de cages de fruit et légumes et de cartons empilés, les comédiens se donnent la réplique à tour de rôle. Ils se racontent, étalent leurs souvenirs, butent sur une réplique, un mot, se reprennent, se corrigent et se marrent sous l’œil bienveillant du charismatique André Valverde, le metteur en scène.

L’aventure débute il y’a un an : la Fontaine aux images, compagnie de théâtre qui alterne entre créations classiques et participatives créées par André Valverde, s’associe au Centre social L’orange bleue, pour un projet de création participative sur l’habitat commandé par la ville de Clichy-sous-Bois. Mais, André réoriente vite le projet : « On a été missionné par la ville pour faire quelque chose sur la question de l’habitat, mais nous on a voulu aborder ça sous le prisme du souvenir des gens dans la maison de leurs aïeux. On a voulu réorienter le thème : la question est celle de savoir s’il existe un archétype de la maison du cœur ? C’est le lien entre les humains qui fait l’habitat, les souvenirs ».

« On se filmait puis on se regardait »

L’éducation populaire est au cœur de la démarche artistique d’André Valverde : « J’ai voulu mettre les habitants au cœur du processus de création parce qu’à mon sens, il n’y a pas de théâtre populaire, sans le peuple. Vous savez, les gens sont éloignés de la culture officielle, mais en fait chacun a sa culture propre : ce qu’on met en évidence ici, c’est ce qu’ils ont dans le cœur, parce que dans leur cœur, ils ont tout ce qui nourrit la culture du monde ».

Afin de s’apprivoiser et de faire connaissance, les habitants et les acteurs du projet s’engagent dans des discussions informelles  autour de thés à la menthe pendant quelques mois : « On se voyait dans une ambiance sympathique, on était 17 au départ, des habitants de Clichy, des personnes impliquées dans le Centre social et on devait raconter un souvenir d’enfance dans une maison de nos aïeux. On se filmait puis on se regardait. »

Puis, très vite, vient l’heure de l’écriture. Frileux à l’idée de griffonner, les comédiens amateurs sont poussés par André Valverde qui réussit à les mettre en confiance : « Je leur ai fais comprendre qu’on pouvait tous écrire, il faut juste un peu de confiance et d’audace ». Encadrés par des ateliers sociolinguistiques du centre social, les habitants couchent leurs souvenirs sur le papier.

Une pièce conçue de A à Z par les habitants

Le travail collectif construit au fil de recueil de mots autour du thème de la maison et de nombreux ateliers d’écritures donne naissance, un an après, à la pièce « La Maison de mes Aïeux » conçue de A à Z par les habitants de Clichy. Les histoires authentiques sont jouées par leurs auteurs avec une énergie et une justesse implacable.

Sur scène, les 9 comédiens clichois font revivre l’âme de la maison de leurs aïeux dans laquelle ils ont grandi, dans laquelle ils ont joué, ressenti, appris, dans laquelle ils se sont construits. Les répliques résonnent et se suivent, mais ne se ressemblent pas : chacun raconte sa singularité, chacun déclame ses joies et ses peines, ses blessures et ses surprises, ses espoirs et ses regrets.

Une enfance à Bejaia, en Algérie, où tous les matins, Hassina court chercher aux aurores le lait à la ferme voisine ; Fatima élevée par des femmes, qui exorcise la souffrance d’une éducation sexiste ; les réminiscences oniriques de Martine amoureuse des chants d’oiseaux et du silence de la maison de son enfance qui s’extasie au contact des caresses des nénuphars. Sur la scène du Chapiteau à Clichy-sous-Bois, les souvenirs d’enfance se ramassent à la pelle et n’ont jamais été aussi vivants.

Myriam Boukhobza

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