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Seize novembre, jour de l’Aïd el-Kebir pour les musulmans. La fameuse fête du mouton, comme l’appellent certains, qui commémore le sacrifice d’Abraham. A La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, un abattoir provisoire a été installé à cet effet au Parc Georges Valbon. Il y a deux ans, un tel projet d’abattage, conçu dans un cadre légal, avait capoté en raison de dissensions entre associations musulmanes.

L’année dernière, tout était en place, mais l’opération avait été annulée à la dernière minute. Hier, cet abattoir a été inauguré, en présence, notamment, du préfet de la Seine-Saint-Denis, du président du Conseil général et du président du Conseil régional du culte musulman (CRCM). Ce coup-ci, c’est donc officiel. Environ un millier de bêtes seront sacrifiées selon le rite musulman.

« Le but est de montrer qu’[un tel abattage] est possible dans le cadre des normes d’hygiène et des valeurs de la République », a déclaré Claude Bartolone, le président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, lors de l’inauguration des lieux. Une convention a été signée pour une durée de cinq ans. Le Conseil général, le CRCM, des industriels et le responsable de l’abattage ont financé le projet. « L’objectif était d’avoir un lieu contrôlé par les services vétérinaires et d’éviter l’abattage clandestin. Le mouton coûte entre 260 et 290 euros, mais c’est un acte d’adoration. On ne compte pas. Le système de cet abattoir est que chaque personne vient choisir son mouton et le réserve. Le mouton est marqué d’un numéro bleu qui correspond au numéro de réservation. Mardi (aujourd’hui), chacun viendra récupérer sa bête à un horaire précis », explique Lhaj Thami Breze, président du CRCM.

« Dans la laïcité, il est nécessaire de prendre des dispositions [qui inscrivent la pratique religieuse dans le cadre légal] », a expliqué le préfet, Christian Lambert. La communauté musulmane, hormis ceux, parmi elle, qui préféreront procéder à l’abattage rituel dans un cadre plus privé mais en opposition à la loi, sera certainement satisfaite par une telle installation, d’autant plus que le matériel mis à disposition est digne des abattoirs professionnels. Seul hic, il n’y a pas de lieu de stockage. Si bien qu’aussitôt la bête sacrifiée, la personne qui l’a achetée doit être présente afin de la récupérer.

Le matériel d’abattage se compose d’un mécanisme d’immobilisation de l’animal qui facilite le rite. Ensuite, l’animal est posé sur un « tapis de dépouille » qui permet de l’apporter jusqu’à « l’arrache-cuir ». Dépecé, le mouton sacrifié est prêt à être emmené chez soi pour y être découpé et cuisiné. Entre le moment où l’animal se retrouve dans l’appareil d’immobilisation et celui de sa restitution à son acheteur, il s’écoule une quinzaine de minutes. L’opérateur responsable de cette installation provisoire est un éleveur spécialisé dans l’abattage depuis huit ans. Il possède sa propre chaîne d’abattage depuis trois ans. Le prix du sacrifice, si l’on peut dire, n’est pas donné, mais il faut rentabiliser le matériel et payer le personnel.

En France, on estime à 350 000 le nombre de moutons tués selon le rite musulman, et ce durant les deux fêtes de l’Aïd (Aïd el-Fitr et Aïd el-Kebir). Pour faire baisser les prix, il faudrait que les 200 abattoirs musulmans que compte le territoire français soient ouverts en même temps afin d’élargir l’offre. Or l’abattoir provisoire de La Courneuve est le seul de disponible en ce jour de l’Aïd en Seine-Saint-Denis. Il est censé lutter contre les abattages clandestins. Si, aujourd’hui, les parents ne se préoccupent pas trop du caractère légal ou non de l’abattage, il semblerait que leurs enfants, plus enracinés dans la culture française, exigent une hygiène irréprochable et un traitement de l’animal digne du rite musulman.

Mesdames (et pourquoi pas, vous aussi Messieurs), en attendant votre bête, il faut vous mettre aux fourneaux : la semoule du couscous se prépare dès 9 heures du matin.

Inès El Laboudy

Article également publié sur le site Terre d’avenir (Plaine Commune)

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