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Bondy Blog : Après deux ans d’absence, les Y’a Bon Awards reviennent. L’occasion, avant d’aborder cette cérémonie, de revenir sur votre parcours de militant anti-raciste. Vous avez succédé à Rokhaya Diallo à la tête du collectif Les Indivisibles. Parlez-nous de votre engagement au sein de cette association.

Amadou Ka : Je connaissais l’association avant d’y adhérer. Quand j’ai cherché à m’engager sérieusement au sein d’un collectif de lutte contre le racisme, c’est venu comme une évidence et un peu par hasard. La rencontre avec Rokhaya Diallo a été décisive. Pour la première fois, j’entendais quelqu’un dire précisément ce que je pensais. J’ai été élu président de l’association en janvier 2014. Nous sommes tous bénévoles. En parallèle à ces activités, je suis animateur de la vie associative dans la ville de Creil.

Il n’y a pas eu de cérémonie l’année dernière, pourquoi ?

Amadou Ka : Nous n’avons pas fait d’édition 2014, tout simplement parce que l’équipe dirigeante avait changé, nous avions besoin de temps pour trouver nos marques. Cette cérémonie est très lourde à porter, à organiser. Cette année, nous sommes prêts. C’est aussi une question de survie pour l’association qui est connue grâce à cet événement.

Quels sont les objectifs cette année ?

Amadou Ka : Les Y’a Bon Awards sont d’utilité publique. Les objectifs sont les mêmes que l’année dernière : dénoncer le racisme dans les médias, sensibiliser le public sur la parole raciste en espérant que ça pousse certains à s’engager dans la lutte contre les discriminations. Nous souhaitons également mettre en lumière les personnalités qui composent le jury, et les organisations présentes lors de la cérémonie qui luttent contre le racisme et pour la justice sociale. Cette soirée est aussi l’occasion de fédérer, de créer du lien entre ces gens, ces organisations et mettre en place un réseau. Il faut aussi responsabiliser les médias. Comment peut-on faire un débat sur l’islam sans qu’il n’y ait pas un seul spécialiste de cette religion sur le plateau, ou faire d’un imam qui ne maîtrise même pas la langue française une référence ?

L’édition 2015 des Y’a Bon Awards aura-t-elle une spécificité ? Faut-il s’attendre à des changements ou à des nouveautés par rapport aux éditions précédentes ?

Amadou Ka : La nouveauté qu’il peut y avoir par rapport aux éditions précédentes, c’est le changement de présentateur : ce ne sera pas Raphäl Yem mais Matthieu Longatte, auteur des vidéos YouTube « Bonjour Tristesse ». Cette nouveauté va apporter une nouvelle dynamique à la cérémonie.

Avez-vous l’impression que la parole raciste s’est libérée depuis les attentats de janvier ?

Amadou Ka : Une chose est sûre, elle ne s’est pas calmée. On a eu de sacrés dérapages depuis le début de l’année. On n’est même plus dans le dérapage mais dans la surenchère. Certaines personnes défendent une idéologie et le font avec constance, elles sont dans la défense d’un ordre établi, celui des dominants qui tentent de maintenir leur position de privilégiés. Nous combattons ces gens avec notre constance.

Vos détracteurs vous taxent souvent de faire dans le communautarisme. Vous leur répondez quoi ?

Amadou Ka : On aimerait que ces personnes viennent discuter quand on les invite. Bizarrement, ce sont ceux qui nous taxent de communautaristes qui sont souvent nommés ou récompensés aux Y’a Bon Awards. L’idée de ces personnes est de nous faire taire sur des sujets qui les gênent eux. Ils aimeraient être tranquilles dans leur parole.

Comme chaque année, le jury est très divers : la chanteuse de Christine And The Queens, le rappeur Médine, le sociologue Julien Salingue,…

Amadou Ka : Effectivement, un jury de qualité et très divers, c’est important. Il y a des chanteurs, des sportifs, des sociologues, des humoristes, qui viennent de tout horizon. Preuve que l’on ne fait pas du communautarisme. C’est aussi un moyen de montrer que le racisme est un problème qui concerne tout le monde à tous les niveaux. Le racisme n’est pas qu’une question de couleur, le problème est sociétal. La majorité subit le racisme.

Vous avez porté plainte contre Jeannette Boughrab. Pour quelles raisons ?

Amadou Ka : Pour diffamation et atteinte à la dignité de l’association Les Indivisibles. On ne peut pas dire des bêtises et des mensonges à la télé et dans les médias sans réaction. On ne peut pas s’écraser face à ça. On utilise nos droits. On a également porté plainte contre Pascal Bruckner, pour les mêmes raisons. Je vais terminer par une phrase de politicien : on va laisser la justice faire son travail.

Propos recueillis par Leïla Khouiel

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