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Club sans fonds publics ni privés, mais pas sans influence. Le Club Averroes, qui mesure la place de la diversité dans les médias, a « des amis dans toutes les chaînes », affirme avec humour son président, Amirouche Laïdi. En particulier à TF1. Et chez les politiques aussi. La discrimination positive souhaitée par Nicolas Sarkozy, qui a trouvé un début d’application au gouvernement avec l’entrée de Fadela Amara et Rama Yade, s’inscrit dans la logique du Club Averroes.

À ce propos, c’est Rama Yade, secrétaire d’État aux droits de l’homme et membre du Club Averroes depuis le temps où elle officiait à la Chaîne parlementaire, qui remettra samedi le rapport 2007 du Club au président de la République. Reçoivent cette année un bonnet d’âne, entre autres : TF1, pour son journal de 13 heures qui manque de « diversité éditoriale » et pour l’émission « Le droit de savoir », qui cultiverait une « approche exclusivement anxiogène de la diversité » ; « les nouvelles chaînes de la TNT, ensuite, à l’exception de Direct 8. Toutes ces chaînes récentes ont recruté. Malheureusement, elles n’ont pas effectué un recrutement à l’image de la diversité de la société française ». A l’inverse, bon point tout relatif attribué à France 2 et France 3, ainsi qu’à France 24.

Quels sont les buts du Club Averroes ?

Notre but est de faire la promotion de la diversité dans les médias, et en particulier de la diversité franco-française. Je précise cela car les chaînes de télévision ont tendance à mettre en avant des programmes américains, qui illustrent certes la diversité, mais une diversité qui n’est pas française.

Examinez-vous également la place de la diversité dans la presse écrite ?

Oui, même si la presse écrite ne constitue pas, dans le présent rapport, un chantier prioritaire. Nous y avons consacré un chapitre pour dire qu’elle est assez en retard. Pour y remédier, nous allons proposer au législateur un projet de loi conditionnant les aides publiques à la presse écrite au respect de la clause de diversité.

Avec quels instruments mesurez-vous la diversité dans les médias ?

Notre rapport ne privilégie aucune méthode comptable. Notre approche est qualitative. La diversité souffre autant d’une sous-représentation que d’une représentation déséquilibrée. Par exemple, en matière de fiction, les chaînes font la promotion de rôles « positifs » confiées aux minorités, notamment dans les séries policières. Or, nous considérons que lorsque les comédiens des minorités ne sont que sur des rôles de policiers, cela ne normalise pas la représentation de la diversité.

Le Conseil constitutionnel, dans son examen de la loi sur l’immigration, a accepté l’amendement sur les tests ADN tout en en limitant les modalités d’application, mais il a en revanche recalé la possibilité d’effectuer des recherches sur la base de données ethniques. Le regrettez-vous ?

Oui, totalement, mais l’erreur vient du fait que l’on a mêlé dans le même texte l’amendement ADN et celui qui aurait permis à des chercheurs, en toute confidentialité et de manière assez contrôlée, d’effectuer des travaux mesurant à la fois les discriminations et l’impact d’actions positives entreprises dans ce domaine.

Alors 2007, bon cru, mauvais cru ?

Globalement, l’année 2007 est mauvaise. Il n’y a pas eu de décrue, mais une stagnation en matière de diversité, que ce soit sur la présentation – ce qu’on appelle la visibilité –, sur le contenu ou sur le recrutement. Le secteur de l’information constitue cependant un point positif : les journalistes ont eu un traitement plus appropriée de l’information touchant les personnes issues de la diversité. Mais à part cela, il n’y a pas plus d’animateurs ou chroniqueurs des minorités à la télévision. Ce qui n’est pas normale, ce que les chaînes de la TNT ne rendent pas au CSA de rapport sur la diversité dans leur entreprise, alors qu’elles y sont tenues. Pour les radios, liées elles aussi par la charte de la diversité, les problèmes sont les mêmes. Elles sont incapables de rendre compte de leurs efforts ou absence d’efforts sur les questions de diversité. A ce propos, nous souhaitons que l’octroi de nouvelles fréquences à des radios ou des télévisions soit soumis au respect de la condition de la diversité.

Mais il y a un flou, voire un interdit législatif qui empêche les chaînes de mesurer la diversité en leur sein.

Nous nous sommes procuré pour notre rapport un audit interne réalisé par une grande chaîne de télévision que je ne nommerai pas (France Télévision, ndlr). Cet audit établit des faits de discrimination, notamment au recrutement, à la promotion et aux salaires. Or ces faits exposent les dirigeants de la chaîne à de poursuites civiles et pénales. Un tel audit devrait être commandé par toutes les autres chaînes.

Propos recueillis par Antoine Menusier

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