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Comment survivre dans la rue avec ces températures glaciales ? En région parisienne, ils sont plus plusieurs milliers à vivre dehors. Au cœur de la capitale, des exilés n’ont d’autre choix que de dormir sous des tentes, faute de place dans les centres d’hébergement et de véritable volonté politique. Reportage.

Sous les yeux des péniches, une centaine de migrants ont installé un campement à deux pas de Stalingrad, dans le XIXe arrondissement de Paris. Une cinquantaine de tentes sont alignées sur les trottoirs. À cette situation déjà précaire, s’est ajoutée la vague de froid qui touche l’ensemble du pays depuis plusieurs jours.

Cette semaine, le thermomètre affiche péniblement les 3°C. La neige a recouvert d’un léger manteau blanc les routes, les rues et les toits des immeubles. Si certains s’en émerveillent, c’est loin d’être le cas de ceux que nous avons rencontré ce jour-là. Les toiles, déjà bien abîmées, certaines trouées et raccommodées avec des bâches, laissent passer les flocons ou la pluie.

« Regardez nos conditions de vie : on couche sur des palettes, pas de matelas ni de couverture, juste une tente »

À l’intérieur de ces abris de fortune, vivent uniquement des hommes, principalement des Afghans. Les uns après les autres, ils étalent des vêtements mouillés sur quelques barrières qu’ils espèrent faire sécher par les rares rayons de soleil. Un groupe se réchauffe autour d’un petit feu, allumé toute la journée. Les visages laissent deviner la fatigue, l’épuisement, le désespoir aussi. « C’est vraiment la galère, lâche Félix*, un Camerounais d’une trentaine d’années, qui survit là depuis trois mois. On a tous une seule priorité : être au chaud. Avec ou sans papiers, on doit nous traiter à égalité. Mais on ne représente rien aux yeux du gouvernement. Regardez nos conditions de vie : on couche sur des palettes, pas de matelas ni de couverture, juste une tente. Nos habits sont tout mouillés. Qui peut vivre dans ses conditions ? Personne ! »

De l’autre côté du canal de l’Ourcq, une série de tentes longent le quai. La neige fondue s’est transformée en boue. La plupart de ceux qui squattent ici ont été refoulés de Calais. Un groupe de cinq femmes s’approchent, elles distribuent du café et des pains au chocolat aux exilés. « On aide quand on peut. C’est une question d’humanité. On le fait par nos propres moyens. Nous, on a la chance d’avoir un toit, eux non. Il faut leur venir en aide, c’est un besoin urgent », explique l’une d’entre elles, habitante du quartier.

Un Plan Grand Froid inefficace

Depuis le 5 février, la préfecture de Paris a activé le Plan Grand froid et ouvert 675 places supplémentaires en hébergement d’urgence dans la région parisienne, dont 238 à Paris, en plus des 1 500 déjà ouvertes dans le cadre du dispositif hivernal et des 16 000 disponibles à l’année. Toute personne à la rue peut y prétendre. En théorie. John, un grand Nigérian de 30 ans, a contacté à plusieurs reprises le 115, numéro du Samu social censé trouver un abri à ceux qui n’en ont pas, mais il n’a jamais eu de réponse, dit-il. « Ça fait six mois que je suis ici. Je dors sous une tente avec un ami. J’avais une tente à moi porte de la Chapelle. Mais là-bas, les policiers viennent tous les jours et prennent toutes nos affaires. C’est vraiment pas juste », explique-t-il, en anglais.

Las, les Afghans, très nombreux dans le campement improvisé du canal de l’Ourcq, semblent à bout. Deux d’entre eux, assis devant leur tente, roulent des cigarettes. Aytem, 34 ans, était chauffeur de camionnette dans son pays. Il a connu Calais à deux reprises, pendant six mois. Aujourd’hui, il exprime sa colère contre les autorités publiques. « Nous sommes à cinquante mètres du bureau de demande d’asile. Ils sont au courant de notre quotidien mais la misère dans laquelle nous vivons ne les préoccupe pas. Ils ne veulent pas que l’on passe en Grande-Bretagne, et dans le même temps, il nous refusent les papiers et nous laissent pourrir ici sans logement ».

Près de 1 000 personnes dorment dehors en ce moment en Île-de-France

Il est déjà midi. Un groupe de migrants se forme à côté de la caserne des sapeurs-pompiers. Ils n’espèrent pas déjeuner mais attendent le coiffeur. C’est devenu une routine : chaque weekend, le commerçant improvise un salon dans la rue. « C’est ma manière à moi de leur apporter mon soutien, rapporte Ali*, originaire lui aussi d’Afghanistan et installé en France depuis plusieurs années. Ces exilés ne travaillent pas, ils n’ont pas de quoi se payer le coiffeur. Les conditions de vie insalubres, le manque d’eau courante, de toilettes, de douches entraînent des risques d’infections. Comme ils ne peuvent pas se laver, il y a souvent des poux ».

Malgré l’aide des associations et des bénévoles qui passent régulièrement, les campements de migrants demeurent au cœur de Paris. Les paroles de celui qui, pendant la campagne électorale, ne voulait « plus personne dans les rues d’ici fin 2017 », sonnent creux. Les exilés rencontrés n’imaginent pas retourner dans leur pays après un voyage si long et si dangereux. Ils en appellent simplement à « un traitement humain ». Selon l’association Utopia 56, environ 1 000 personnes dorment dehors en ce moment en Île-de-France.

Kab NIANG

Crédit photo : Mohammed BENSABER

*Les prénoms ont été modifiés

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