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Depuis 2010 et la catastrophe de Knysna, le football français panse avec difficulté une grosse cicatrice et cherche à chasser les fantômes qui rejaillissent à chaque fissure de vestiaire de l’équipe nationale.

De l’affaire Benzema combinée à celle du périscope d’Aurier, le public français regarde d’un oeil de plus en plus critique la vie tourmentée d’un footballeur, qui est pour l’opinion, pas plus ni moins qu’un millionnaire inculte de banlieue.

1978 Raymond DOMENECH Panini StrasbourgLes footballeurs sont des privilégiés, et depuis belles lurette. La télévision par exemple, pour la France, avec l’arrivée de Canal Plus, a complètement modifié la perception de nos footeux. Les rendez-vous du dimanche ont éclipsé les cartes Panini qui symbolisaient ce rapport presque affectueux entre le footballeur et le fan. Je prends l’exemple de la carte Panini, parce qu’avec ce principe de carte à coller dans un album, il y avait un rapport particulier avec tous les joueurs de foot, quel que soit leur niveau. Par exemple, un jeune qui découvre le foot dans le début des années 90 pouvait avoir un album Panini dans lequel il retrouvait une star comme Papin, mais aussi des anonymes brutaux avec la crinière chevelue et la moustache bulgare.

Un anonymous du foot

L’année 1998 change notre rapport avec le foot. Paradoxalement, la victoire en Coupe du monde nous assoit sur des poncifs sociétaux qui nous ont complètement déroutés jusqu’à l’épisode France Algérie de 2002, ou le 21 avril, qui est arrivé juste après, comme de par hasard. À cette époque le concept « black blanc beur », fabrication intello à la sauce SOS racisme n’était pas encore vraiment indigeste.

2016, un saut dans le temps. Le football français est sous perfusion, la formation française des footballeurs vire au fiasco en terme éducatif, et même tactique. Le plus grand club français du moment est en vérité un club étranger. Les footballeurs sont des individualités qui doivent jouer en équipe, et bien entendu la crise sociétale que traverse le pays depuis les Trente Glorieuses ajoute du l’huile sur le feu. Un footballeur professionnel est pour la majorité des cas coupé de la réalité.

Le football, un sport magnifique, accessible, est devenu une industrie mondialisée qui brasse des sommes colossales, en France, il est devenu un moyen comme un autre d’élévation sociale et ceci est un véritable problème.

Knysna et ses caïds immatures, Nasri le pestiféré, Benzema l’imbécile, Aurier l’abruti ont été les symboles d’un problème qui gangrène la société : ce problème n’a pas de nom, ce problème n’a pas de parti, il ne se présentera sûrement pas aux élections présidentielles de 2017, ce problème c’est l’oseille.

Imaginez-vous une seconde à la place d’un jeune qui vient d’un milieu populaire qui grâce au foot accède à un certain niveau de vie qui forcement sans accompagnement va le mener à faire des actions incroyablement connes.

Il faut regarder les frasques de certaine star de NBA pour relativiser, cependant, on note une différence, on ne verra pas de médias américains renvoyer au « hood d’origine » les raisons de la connerie du joueur de basket. Grosse différence.

Revenons à nos cons à nous. Le problème est la gestion de cette oseille, qui nourrit un entourage le plus souvent malsain, car, on va pas se mentir, le gros chèque n’attire pas forcement les enfants de chœurs. L’entourage d’un footballeur qui est devenu riche grâce à son métier est devenu le premier piège à con.

Paul le poulpe fiction… Ou pas

Le footballeur dans notre imaginaire collectif c’est un jeune de banlieue, pas cultivé, qui aime le rap français bébête et méchant, il fume sa chicha après l’entraînement. Il met sur sa tête les écouteurs Beats bizarrement, parce qu’il est con. Quand il vient du sud de la France c’est un kéké des plages. Il est majoritairement musulman, mais son mode de vie ne lui permet pas d’être un halalounet (bichon halal). Il est malpoli avec ses supporters, car ces connards touchent trop à la portière de sa Lamborghini à la sortie de l’entraînement.

Le problème de cet imaginaire collectif, c’est qu’on l’accepte sans broncher et il se confronte volontiers à un autre, celui du journaliste sportif français : un homme bien éduqué, poli issu des classes supérieures, probablement blanc, lettré, mais assez nul en foot.

Imaginez-vous que ces deux mondes se confrontent, le choc des cultures de ouf, imaginez vous qu’un journal comme L’équipe balance un « va te faire enculer fils de pute » basé sur des fuites de vestiaires de mal vérifiées juste pour exploser un sélectionneur… Bien sûr je grossis un peu le trait, mais les affaires qui se succèdent nous posent la question de la place du football dans notre pays, ces affaires ne sont-elles pas que des reflets d’un certain mépris mutuel entre le footeux et le journaliste.

Question au Eden Hazard 

Est-ce qu’on a déjà entendu des cas de dépressions chez un footballeur français ? Il serait intéressant de voir si la plupart des joueurs de foot en France aiment leur sport du plus profond de leur âme. L’oseille est le pire élément perturbateur. Cependant le fric est la et on ne peut pas faire machine arrière, car la famille plus ou moins nombreuse selon les ethnies (je suis dans la fiction, calmez-vous) doit manger.

Les affaires d’aujourd’hui, nuançons les avec les exemples de nos anciens, Henri Michel ex illustre joueur devenu sélectionneur de l’équipe de France après Michel Hidalgo en a fait le dur constat. Avec Éric Cantona, jeune feu follet fougueux rebelle qui aurait surement été « une racaille » à notre époque.

httpv://www.youtube.com/watch?v=iTQf1Iz4NMM

Le football continue à se pratiquer en France, malgré les affaires qui soulèvent la question de l’éducation : comment on éduque un jeune qui aime le foot en France. Pouvons-nous aimer le foot malgré tout. J’écris cet article après avoir vu le match Juventus-Bayern, là, je vous répondrai « oui volontiers » après ce spectacle magnifique. Mais malheureusement j’aime ce sport en ayant conscience de la bêtise de certains acteurs. Il y a même des bêtises esthétiques. Je pense à celles de Mario Ballotelli qui brûle sa maison en voulant faire un feu d’artifice chez lui. Il s’agit d’un être humain à la vie si particulière, celle du premier joueur noir à revêtir le maillot de l’équipe nationale italienne. Ce Mario Ballotelli a subi plus de rejet au début de sa carrière internationale que n’importe quel joueur de banlieue française dans toute sa carrière, avec parfois beaucoup de philosophie. Ce joueur a toujours gardé l’amour de son maillot italien, je peux juste vous dire que ses conneries à lui, je les comprends totalement.

mario

Super Mario qui enlace sa mère adoptive après une demie finale gagnée de l’Euro 2012, c’est aussi ça le foot bordel.

Sans être indulgent, je regarde sa carrière avec beaucoup d’attention et d’affection. Car pour lui il s’agit d’écrire l’histoire du foot sans même qu’il l’ait décidé.

Mais revenons à nos bonnes racailles françaises, qui sentent bon le terroir d’Île-de France. Pour la plupart, elles ont quitté le quartier à treize ans, pour être élevées en plein air, il parait que la posture caillera naît dans les chambres de centres de formation. Il n’y a pas de machine à traire ce « racaillisme », qu’on insère dans le cerveau des marmots qui courent derrière des ballons. Un simple  clip de Booba suffit. Bon, cette culture caillera, elle existe dans certains vestiaires, il n’y a pas de problème pour le constater, pour certains il s’agit d’émettre maladroitement ce qu’ils entrevoient comme de la virilité dans une cage à coq. Le mythe de la racaille est aussi une manière pour certains de gagner le respect dans le vestiaire, un respect qu’ils auraient pu gagner dans leur rue. (Je suis dans la fiction, calmez-vous). Mais tout ceci n’est que posture.

Serge Aurier revendique Sevran, dans une vidéo marrante pour certains, dangereuse et scandaleuse pour d’autres, Serge Aurier porte l’étendard d’une ville populaire tout en étant illégitime pour le porter avec son salaire qui lui permet d’acheter un duplex à Passy.

L’erreur de Serge Aurier est celle d’un mec au destin assez tourmenté dans le bon sens à première vue, qui aurait pu, peut être, mal tourner, et finir chômeur ou homme politique.

La grande erreur de Serge Aurier est aussi d’avoir voulu passer pour une valeur sûre de la rue tout en gardant le survêtement de son employeur, le PSG. Mais ce PSG ne sera jamais le club des jeunes de banlieue, même si il est supporté par beaucoup de jeunes de banlieue. Il s’agit dans son histoire d’un club de starlettes internationales, de vedettes du show-biz, qui se retrouvent en tribunes présidentielle – la tentative du PSG de banlieue des années 2000 de Laurent Perpere ayant viré au fiasco industriel.

Donc tout ce bordel est une succession d’histoires qui se jouent sur tous les réseaux sociaux jusque dans nos blogs. Entre symboliques et frustrations, la France est peut être le seul pays européen à regarder son foot sans en espérer la moindre étincelle de gratification.

Saïd Harbaoui

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