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« T’as vu les nouvelles photos de Samantha Vidal sur Facebook ? » me lance une amie durant ma pause déjeuner. « Euhh Facebook… euh, oui, elles sont top ! » lui dis-je, pensant tout bas : « Fesses-book ? C’est quoi ça, encore un site X ? » Je me précipite sur mon ordinateur afin de mettre la main sur les fameuses photos de Sam. Mais bien évidemment, pour pouvoir consulter quoi que ce soit sur ce site, il faut au préalable s’y inscrire. Telle une adepte conquise avant même toute initiation, je m’exécute sans broncher. Commence alors une longue marche vers la gloire facebookienne.

A peine inscrite, je reçois un mail, « Machinchose vous a ajouté comme ami, veuillez confirmer que vous êtes amis ». Machinchose n’est pas mon ami. Malgré tout, je l’accepte et voilà que le bougre m’envoie un poke. « Quoi, à peine sommes-nous amis qu’il commence déjà à m’insulter; à moins que ce ne soit la version web de pokémon ? » On me propose de lui retourner un poke, j’accepte. C’est alors que j’entends un bruit étrange émanant de mon ordinateur, un petit « tic, tic, tic ». Une petite fenêtre s’ouvre au bas de ma page, machinchose clignote, il veut m’initier aux vertus de la conversation instantanée!

Comme tous les débutants, je me laisse embarquer par les pseudos tests psychologiques. Ainsi, grâce à ce cher Sigmund-book, j’apprends que si j’étais une chanson de Disney, je serais Hakuna Matata, et Aqua Blue de D&G si j’étais un parfum. Mon côté sombre n’est autre que Scar (le méchant du Roi Lion), et en plus d’avoir été un Gouda dans une vie antérieure, me voilà suicidaire, schizophrène et nécrophile.

Facebook, on s’en aperçoit, a surtout vocation à remplacer Jacques Pradel. En effet, grâce à ce site, on peut retrouver des amis perdus de vus depuis de nombreuses années. Edwige, non, que dis-je, Facebook, est un excellent moyen pour surveiller les faits et gestes de tous les membres de la galaxie facebookienne. Céline, une grande adepte, avait pris l’habitude de pister tous les mouvements de son petit ami. « Facebook, c’était le meilleur moyen pour surveiller Benoît. En me rendant sur son profil, je pouvais voir tous ses amis, ceux qui lui ont laissé des comm’ sur ses photos ou celles qui lui ont laissé des mots sur son mur. »

Oui, sur Facebook on peut laisser des messages sur les murs et on peut tagguer des photos (nommer les personnes présentes sur les photos). En gros, on est des cyber-racailles. A l’heure où je vous parle, Fatou a été tagguée dans un album, Bruno a acheté un couteau dans la guerre des gangs, Vanessa et Mélinda sont désormais amies grâce à la recherche par email et Cynthia a changé sa photo de profil, entre autre modifications de statut, de pseudo, d’amis, etc. Kamel, également adepte du réseau, n’a pas supporté les interrogatoires de sa petite amie sur chacun de ses faits et gestes. « Elle regardait systématiquement tout ce que je faisais, à qui je laissais des comm’, avec qui je parlais, les groupes que je rejoignais… Tout était prétexte à des explications qui se finissaient par des embrouilles. Au bout d’un moment, je ne l’ai plus supportée, alors j’ai préféré mettre un terme à notre relation. »

Facebook n’est pas qu’une façon sournoise de s’immiscer dans la vie des gens, c’est surtout un réseau de plus en plus convoité par les entreprises qui créent des applications que l’on peut installer sur son profil. On devient ici un support publicitaire et un prescripteur : « Certaines entreprises mettent en ligne sur Facebook des groupes de fans de leur marque afin de lire ce qui se dit sur celle-ci. Certaines ont même des employés chargés de parler sur Facebook avec les membres de ce type de groupe », affirme Eric Demont, chargé de la stratégie business de l’Oréal.

Facebook a pris de plus en plus d’ampleur dans la sphère professionnelle. Des employeurs iraient jusqu’à fouiller dans le profil de leurs candidats. Le site peut aussi provoquer des drames. Ce fut le cas pour cette Anglaise assassinée par son mari à cause de son statut Facebook, où elle s’était décrite comme célibataire. Et puis, il y a les imbécilités crasses, telle cette annonce présentant le 20 novembre comme la journée nationale des coups de pieds au roux, sitôt suivie d’effets par quelques écervelés canadiens. Sur Facebook, les cyber-psychopathes voyagent donc en toute liberté. Une manière de soigner ses névroses.

Widad Kefti

Widad Kefti –

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