photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don



De nos ancêtres, les brigands de la forêt de Bondy, nous autres Bondynois avons gardé ce goût prononcé pour les veillées nocturnes à la belle étoile, au parc de la Mare à la Veuve ou devant la Pompe Esso, réunis autour d’une bonne bouteille de coca. Chacun a toujours sa petite galéjade ou son histoire cocasse, fruit de ses propres aventures, qui tournent souvent à l’épique avec les inénarrables rats de Bondy, pour peu qu’ils quittent leur trou. Mais, là est le problème, on ne quitte jamais notre cratère d’asphalte.

Car, dans un rayon de 180 km à la ronde, tout le monde sait qu’inviter un rat de Bondy chez lui ou à une surprise party, c’est, primo, livrer son frigo à la plus totale destruction, deuxio, exposer ses invités à une compagnie d’odieux faciès au comportement digne des plus grands voleurs de poules mexicains, ouais, ceux des vieux westerns. C’est enfin, risquer de voir toute galante compagnie acculée par des vautours la drague bien lourde au bec. Personne ne nous convie nulle part, à raison. Nous, on rapporterait un autocar de médailles d’or si le squat était un sport olympique.

Il arrive qu’un miracle se produise : un bisounours gentil et mignon, quitte son arc-en-ciel parisien pour monter en banlieue, croise un des nôtres, et prodige de naïveté, l’invite quelque part. Dés lors, le béni des dieux devient traître à la nation. D’abord, il va à une soirée sans squatter, ce qui est contraire à notre code moral, on se doit de squatter ! Partout ! Même au mariage à sa sœur, on doit squatter. Deux, ledit code nous impose de faire profiter notre cercle d’amis de toute ambiance festive. Rappelons à ce propos la définition bondynoise d’un plan : quatre murs, de la nourriture, une forte proportion de femmes (enfin ça, c’est le rêve). Problème : à plus d’un rat, on ne rentre nulle part. Du coup, pour pouvoir profiter d’un plan ou l’on est officiellement invité, il faut passer par la case « évasion ».

Un plan évasion consiste donc à s’échapper de la ville, sans avoir sa fratrie aux trousses, prête à vous faire payer votre traîtrise en vous gâchant la soirée par la seule présence de leurs faces de crouton édenté. Alors, quand on a la chance d’avoir un plan, on le protège, on le chérit, on le caresse de nos secrètes pensées au creux de notre petit cœur d’ourson tel Gollum caressant le précieux, dans l’espoir de raser l’adresse msn d’une jolie Parisienne ou un bon repas.

Un tel plan se prépare des semaines à l’avance, c’est très compliqué, car si à 9 heures du soir vous n’êtes pas présent à la veillée pour sentir l’haleine fétide de vos potes, ils sauront comment vous retrouvez. Il faut faire B.B. Non, pas Bondy Blog, Bondy Break : creuser un tunnel qui vous conduira hors de Bondy, si vous préférez. Ne surtout pas laisser de trace trahissant vos intentions cachées, comme une odeur de déodorant ou des chaussettes propres, biens excessivement rares à Bondy, réservés pour les grandes occasions qui n’arrivent qu’une fois, comme un mariage ou un entretien d’embauche.

Le jour J, éteindre son portable, mais au bon moment, pour pas que ça fasse trop suspect. Aller à pied à la gare de Noisy-le-Sec par des chemins détournées, prendre le train à la station de Bondy, ce repaire d’indics, étant le plus sur moyen de vous faire rattraper. Pendant ce temps, vos rats morts de potes, se sont déjà organisés. Ils tournent dans la ville à votre recherche, ont placé des équipes aux points stratégiques, le long des voies ferrées, sur l’autoroute, chez vous, où votre mère toujours trop bavarde commence à se mettre à table. Les meilleurs rats appellent leurs connaissances qui travaillent à SFR pour savoir qui vous avez appelé avant de partir.

Malheur à vous s’ils vous chopent ! Ils gâcheront tout ! La punition pour haute trahison à Bondy, c’est voir votre plan festif se transformer en un plan terre brûlée, expression qui prend tous son sens dans le célèbre adage de notre glorieux père fondateur Al Bondy (ou Al Bundy) : « Si je m’amuse pas, personne ne s’amuse. »

Idir Hocini

Idir Hocini –

Articles liés

  • Instagram, le psy de 2019

    Sur Instagram, les comptes de motivation pullulent. Chaque jour, ils postent des citations et des rappels sur l'estime de soi, la rupture amoureuse ou la confiance qu'on donne à ses proches. Une manie qui a le don d'agacer Félix.

    Par Félix Mubenga
    Le 03/10/2019
  • Assa Traoré mise en examen : le monde à l’envers

    Attaquée en diffamation par les gendarmes impliqués dans la mort de son frère, Assa Traoré, la soeur d'Adama Traoré, a été convoquée et entendue par les autorités ce mardi. Elle va être mise en examen, lui ont notifié les agents de police judiciaire qui l'auditionnaient. Après les arrestations et incarcérations des frères, voilà la grande soeur d'Adama Traoré dans le collimateur de la justice.

    Par Sarah Belhadi
    Le 02/10/2019
  • Réfugiés et diplômés : à Saint-Denis, les étudiants étrangers à l’honneur

    Une trentaine d'étudiants étrangers sur l'estrade, fiers et ravis de recevoir le diplôme d'une université français. Ce vendredi 27 septembre, les diplômés du cursus de FLE (français langue étrangère) étaient mis à l'honneur à l’université Paris-8 de Saint-Denis, dans le cadre du Grand 8, l'événement de rentrée de l'établissement.

    Par Kab Niang
    Le 30/09/2019