2005-2015 : SOUVIENS-TOI ? Les blogueurs se rappellent de leur octobre et novembre 2005.
Novembre 2005. Les révoltes populaires démarrent à Clichy-sous-Bois, en Seine Saint-Denis. Elles embrasent les banlieues comme une traînée de poudre… Et arrivent jusqu’à Bondy.
Bondy, deux villes en une. Abdelkrim, un habitant de Bondy Nord, de ces quartiers dits « difficiles », se souvient. Cristel, à l’opposé de la ville au sud, évoque de son côté ce qui a été ressenti dans les zones pavillonnaires.
Abdelkrim prend la parole. « Il était environ 22h, j’étais à la maison avec ma femme et mes deux enfants dans notre appartement, dans un immeuble HLM de Bondy Nord. C’était en période de Ramadan et on avait coupé le jeûne. Je regardais les informations à la télé qui traitaient du cas de Clichy-sous-Bois. On a entendu des bruits à l’extérieur qui ont attiré notre attention. On est sortis dans la rue et on a vu devant nos yeux des voitures en feu, dont celle de ma voisine. Elles brûlaient les unes après les autres comme un effet domino. Bien cinq au total. Cette voisine dont on avait brûlé la voiture, vivait seule avec sa fille et cette voiture qu’elle voyait se consumer devant ses yeux représentait un bien important qui lui servait tous les jours pour faire ses courses et déposer son enfant à l’école. On s’est donc trouvé ensemble dans la rue autour d’elle avec d’autres voisins. Une solidarité a jailli. On a décidé d’appeler les pompiers pour éteindre l’incendie mais ils nous ont répondu que tous les véhicules étaient déjà mobilisés. Je me suis aperçu que le local à poubelle était ouvert. J’ai pris le tuyau qui sert à nettoyer les poubelles pour asperger d’eau sa voiture. Malgré tous nos efforts nous n’avions pas réussi à éteindre le feu. Ma voisine pleurait. À l’époque j’étais éducateur et je connaissais bien la jeunesse de ces quartiers. C’était un moment fort en émotion de voir tous ces jeunes solidaires face à une injustice, celle du décès de Zyed et Bouna. Je comprenais que ces jeunes ne pouvant pas exprimer leurs voix autrement, ils avaient décidé de se révolter en brûlant les quelques voitures du quartier dont trois épaves ainsi que la camionnette d’un autre voisin qui, malgré toute sa déception, comprenait la colère collective. Cependant, nous avons décidé de ne pas en rester là et instinctivement nous nous sommes organisés dans le quartier pour se relayer durant la nuit afin de calmer ces jeunes. On sentait une atmosphère tendue avec des escadrons de CRS sortant de partout, le tout mêlé à un bruit d’hélicoptère. Les sirènes des pompiers, les gyrophares des voitures de police sans compter cette odeur de pneus cramés. Le quartier était aussi en effervescence face à cette répression policière ».
Cristel, de l’autre de la ville, confie : « du haut de mon appartement au sud de Bondy on entendait tous les jours pendant près de trois semaines les voitures de police, gyrophares allumés, dans les rues de Bondy. On savait que certaines voitures avaient été incendiées dans le nord de la ville. On entendait des hélicoptères passer au-dessus de nos toits, tournant certainement au-dessus du département de la Seine Saint-Denis. En résonance, le soir, on avait les infos qui éclataient à l’écran, sonnant l’alerte d’un début de révolte, donnant ainsi l’impression qu’une guerre civile allait commencer. De son côté, le gouvernement a pris des mesures, on nous a parlé de couvre-feu… Une sensation de vertige m’a pris car à la télé c’était la France qui brûlait. Je me suis sentie comme d’un coup propulsée dans un film… Cette agitation de voitures de police et de sirènes allant vers Bondy Nord donnait à la ville une ambiance électrique. Je ne reconnaissais pas la ville dans laquelle je vivais. J’avais l’impression d’être dans un territoire occupé, comme dans une zone de guerre. J’entendais de chez moi ces sons, les images défilaient dans mon écran de télévision. Au sud de la ville, les quartiers n’étaient touchés. L’effet médiatique fut tel que mes amis, ma famille d’Italie me téléphonaient pour prendre de mes nouvelles. Au sud de ville on avait le son, pendant que le nord de la ville était en action ».
Cristel Fabris et Abdelkrim Bouadla
Bondy Nord, Bondy Sud : deux échos de 2005
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