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La neige a fondu, ouvrant un hiver sans couvre-feu. Les guirlandes lumineuses accrochées aux murs de l’impressionnante mairie (en photo) me souhaitent la bienvenue. L’accueil généreux de Mohammed Djeroudi, animateur et président du RC Blanqui est un cadeau du ciel. Toutefois, raconter Bondy au jour le jour, à fleur de peau, ne sera pas qu’une partie de plaisir. Ceux qui ont eu accès aux blogs ont tous une rectification à faire, un commentaire, une critique. Serge, Sabine et Roland n’ont laissé personne indifférent. C’est une bonne chose. Quant à ceux qui ignorent tout de l’initiative de l’Hebdo, ils se méfient des « journaleux », des « gratte-papier », des « fouille-merde », cette espèce qui les malmène depuis trop longtemps, bien avant les émeutes. Alors, pour vaincre les préjugés réciproques, je me repose sur la chance.

 

La chance d’être ici douze jours. Pas de stress, pas de course au sensationnel. Je ne compterai pas les voitures qui brûlent et ne prendrai pas de clichés de gosses cagoulés. Les images du langage plutôt que le langage des images. La chance d’être libre, sans direction rédactionnelle, sans formatage de style, sans limitation de signes, sans censure, sans consignes politiques. La chance d’être un Suisse à Bondy, en quelque sorte. Ne pas être un « Gaulois », comme certains appellent les Français d’origine. « Télé Sarkosy » leur a fait tant de mal. La chance de mes 27 ans. Pas envie d’avoir à faire avec des « fixeurs », des « bodyguards », des « ouvreurs » des portes, des monnayeurs de témoignages. La chance peut-être de n’être que stagiaire journaliste. Ce qui a le plus affecté le métier ces dernières semaines en banlieue, c’est son recrutement socio-professionnel, son statut, sa représentation, son manque d’emphase avec « l’osmose des rues ».

 

Il y a un livre sur le coin de ma table. « Histoire des gens de Bondy » de Jean Astruc, cinq cents pages écrites dans les années soixante-dix. Cela semble intéressant, mais j’espère laisser ce bouquin fermé durant tout mon séjour. Bondy se joue dans la rue.

Par Blaise Hofmann

Blaise Hofmann –

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