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On aura donc frôlé l’indigestion. Cet été, on nous a cuisiné du burkini à toutes les sauces. Tout est parti d’une rixe sur les plages de Sisco, entre une famille corse d’origine maghrébine et des riverains. Emballement médiatique, puis politique. On commence à avoir l’habitude. De cette histoire, on apprendra plus tard qu’en réalité les femmes prises à partie dans ce conflit ne portaient pas de burkini. Soit ! Cela n’a pas empêché des maires d’interdire cette tenue, certains ayant évoqué un risque de trouble à l’ordre public, d’autres l’ont justifié à cause… des « phénomènes de courant » de la plage (ceci n’est pas une blague). Puis, il y a eu ces femmes forcées de quitter la plage sous peine d’amende alors qu’elles portaient un simple voile. Parfois, c’est un vêtement un peu trop couvrant qui a gêné la police dont le rôle est de ratisser le moindre mètre de plage à la recherche de mères de famille trop vêtues. Il faut respecter « les bonnes mœurs », disent-ils. L’histoire ne nous dit pas à partir de combien de centimètres de tissu les femmes sont priées de rester chez elles. Une histoire de féminisme sûrement…

On pouvait légitimement penser que la décision du Conseil d’Etat de suspendre l’arrêté anti-burkini pris par la municipalité de Villeneuve-Loubet puis la vague d’arrêtés invalidés par la justice sur la Côte d’Azur, mettraient fin à toute cette farce. Mais c’était sans compter sur nos politiques et leur course à qui sera le plus ridicule avec comme objectif attiser la haine, et comme pompon ultime : le fauteuil de président de la République. Pas avare de commentaires quand il s’agit d’islam, Manuel Valls est rapidement monté au créneau. Préoccupé par les droits des femmes – surtout quand cela concerne les musulmanes-, il a apporté son soutien aux municipalités qui ont pris des arrêtés anti-burkini, mairie FN de Fréjus comprise. Nicolas Sarkozy a surenchéri : il veut une loi. Et tant pis si la plus haute juridiction administrative tout comme le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme ont expliqué que ces arrêtés, d’une part favorisent « la stigmatisation des musulmans » et d’autres part ont « clairement et illégalement violé les libertés fondamentales ».

Ah ! Il est tellement plus facile de taper sur les musulmans que de parler chômage, logement, santé, éducation, banlieues… Ces postures politiques nauséabondes nous donnent un avant goût bien fétide de la campagne présidentielle qui se prépare. Elles font aussi les choux gras d’un côté de l’extrême-droite portée par la fachosphère très active sur les réseaux sociaux, et de l’autre, l’Etat islamique. De part et d’autre, les voilà qui se réjouissent de ces querelles. Il y a encore quelques années, certaines de ces déclarations auraient été qualifiées de « dérapages » par les journalistes. Les temps ont changé. Les paroles racistes se libèrent à l’heure du repli, ce peu ragoûtant cocktail de crainte et d’amalgames. Le curseur se déplace de plus en plus à droite sur l’échiquier politique. La faute aux médias ? Aux élus ? A nous ?

Ce débat a dépassé les frontières hexagonales. Aujourd’hui, la France est la risée de la presse étrangère. « Stérile », « contre-productif », « ridicule »,… Les journalistes britanniques se sont montrés particulièrement virulents contre ces interdictions. Certains ont estimé, à juste titre, que les élus français étaient aveuglés par leur haine de l’islam. D’autres ont fait le choix de l’ironie. « La France a trouvé la dernière menace à la sécurité : le burkini », titrait en Une le New York Times. « Le burkini interdit sur les côtes françaises pour protéger les gens », s’est moqué The Independent. « Un maillot de bain intégral est-il plus offensant que la raie des fesses d’une dame âgée ? », s’est interrogée ironiquement une journaliste du Guardian, dans l’article « Cinq raisons de porter un burkini, et pas seulement pour embêter les Français ». Faut-il préférer en rire, alors que 80% des actes islamophobes ont pour victimes des femmes selon le Collectif contre l’islamophobie en France ?

Leïla KHOUIEL

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