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« Dérapage« , « viol accidentel« , « bavure », « erreurs » : tous les jours, les insultes à notre intelligence sont légions. Chaque jour notre déception grandit, chaque jour notre colère aussi. En face, comme l’impression que celles et ceux qui décident n’écoutent pas. Il serait peut-être tout simplement temps qu’ils partent. Billet. 

Voilà plusieurs jours maintenant que l’on nous dit que les journalistes mentent, qu’un complot se monte, que l’on peut infliger une plaie anale profonde de 10 centimètres à quelqu’un à l’aide d’une matraque par accident, qu’on ne peut pas se rendre coupable d’un quelconque détournement de fonds publics puisqu’on aime sa femme. Et comme les vérités alternatives, on nous impose des mots alternatifs.

Un policier ne frappe pas, il commet une « bavure« .

Un humoriste ne fait pas une blague homophobe ou raciste, il « dérape« . Mieux, parfois, il commet « un très gros dérapage évidemment involontaire ». Un homme politique ne rémunère pas sa compagne sur les deniers publics pour un travail dont on n’a aucune preuve, il fait juste comme tout le monde.

Chaque nouvelle qui tombe est une insulte à notre intelligence. Et vous savez quoi ? Ça devrait nous mettre de mauvaise humeur. Comme dans les disputes de couple, on devrait crier : « Mais en fait je suis qui moi pour toi ? ». C’est vrai ça, on est qui ?

On est qui pour qu’un homme politique se présente à la télévision, devant des journalistes et mente si effrontément ? Et nous explique ses mensonges, pardon, ses « erreurs » par l’émotion suscitée par ce dont on l’accuse. Mais l’émotion, la vraie, elle est chez les gens qui y ont cru. En lui, en sa probité, en ses vestes Barbour et en sa raie sur le côté. Le bon père de famille a semble-t-il été un peu trop bon avec elle.

On est qui pour qu’on nous dise qu’une matraque peut « accidentellement » s’enfoncer dans l’anus de quelqu’un ? Pour qu’on nous dise qu’il ne s’agit pas d’un viol, ni même, dans ces circonstances, d’un acte de torture ? Les abus, les violences policières on les connait, elles sont réelles mais quelles solutions ont été proposées ? Hier ou aujourd’hui ? Une visite toute présidentielle, et aussi bien orchestrée soit elle, ça n’est pas une solution. La promesse d’hier de lutte contre le contrôle au faciès elle, c’était le début d’une.

Alors finalement c’est vrai, on est des veaux ? On assiste, passifs ou presque, au spectacle de notre humiliation. Dans le fonds, tout cela, ça dérange beaucoup d’entre nous, ça nous déçoit, ça nous blesse, ça nous met en colère mais est-ce que seulement ils le voient ? Est-ce que seulement on le montre ? Ne devrions-nous pas être dans la rue, marcher et crier qu’on existe, qu’on n’est pas des hologrammes ? Mais même à quelques semaines d’une élection présidentielle, on ne nous regarde plus ou alors pas comme il faudrait.

Dès lors, à quoi bon s’indigner lorsqu’en face, ils n’ont même pas l’air de nous respecter ? Mais peut-être que ce n’est plus à nous de nous indigner, peut-être que, tout simplement, maintenant, c’est juste à eux de s’en aller.

Latifa OULKHOUIR

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