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LA MARCHE. Ce lundi 25 novembre, à deux jours de la sortie du film événement de Nabil Ben Yadir, le journal satirique, dans un communiqué, a dénoncé un texte de rap réalisé indépendamment du film, et dans lequel il serait visé.

Il n’y avait pas beaucoup de monde qui avait vu la Marche, à ce moment là. La tournée de promotion n’avait pas encore commencé. Il y avait quelques projections pour les professionnels. Près des Champs Élysées, dans une salle teintée de noir et de rouge. Il y avait des journalistes, et puis eux aussi, au fond, un peu dans l’ombre du projecteur. Ils étaient cinq ou six rappeurs, contactés par DJ Kore pour composer un titre, en marge du film, qui sortirait un peu avant le 27 novembre. Les bénéfices seraient reversés à l’association des marcheurs de 1983.

Ils sont sortis de la salle. Ils disaient qu’ils avaient beaucoup aimé. Il y avait, dans leurs yeux, l’envie d’écrire, parce que leurs mots sont leurs balles. Il y a ceux qui font des films, ceux qui font des journaux et les utilisent comme ils veulent, et ceux qui crient en écrivant. L’un d’eux a dit que c’était un film fort, il a dit respect, il a dit aussi que ça faisait du bien, qu’il n’avait pas lâché du début à la fin.

La production du morceau avait démarré. DJ Kore, le producteur, était là, confiant du résultat, content de son idée, content aussi d’avoir réussi à unir des belles têtes d’affiche, presque icônes du rap français : Akhenaton, Disiz la Peste, Soprano, Nessbeal et d’autres. Finalement, le morceau est paru, un beau jour, il y a trois jours. On l’attendait pas vraiment. Vite, il s’est propulsé sur les réseaux. Internet a fait son travail d’en diluer un peu partout.

A Aubervilliers, à l’une des dernières projections du film avant la sortie, samedi, le public connaissait déjà quelques paroles, gravées. Le producteur, Hugo Sélignac, présent dans la salle, apportait déjà son soutien au morceau, même s’il n’est ni la bande originale du film, ni un morceau « officiel ». A la minute 3, seconde 15, un jeune rappeur du groupe 1995, connu pour ne pas déranger grand monde, chante : « D’t’façon y’a pas plus ringard que le raciste / Ces théoristes veulent faire taire l’islam / Quel est le vrai danger : le terrorisme ou le taylorisme ? / Les miens se lèvent tôt, j’ai vu mes potos taffer / Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo ».

Ses propos, aujourd’hui, ont viré à la polémique qui n’a pas lieu d’être, surtout à deux jours de la sortie d’un film indispensable à chacun. Contacté, Nekfeu, le rappeur qui a chauffé sa voix, ne répond pas et sa messagerie ne peut plus recevoir de messages. Charlie Hebdo, eux, qu’on inculpe souvent pour avoir dépassé les limites, prône systématiquement la liberté d’expression. Là, le journal, par la voix de sa rédaction, se dit « effaré » de la « violence » des paroles à son égard. Finalement, ils leur en faut peu pour leur faire palpiter le cœur. Dans un communiqué, le journal écrit honteusement que « la chanson Marche reprend les propos que tient l’extrême droite musulmane ». Comme s’ils étaient perpétuellement à la recherche d’un mot (islam, principalement) pour faire repartir les ventes d’un hebdomadaire assez fatigué et poussiéreux.

En 2007, lors du fameux procès des caricatures, le journal est relaxé. Ses journalistes et ses patrons font la tournée médiatique, se mettent presque en scène dans un documentaire, se félicite pour la liberté d’expression. En 2013, alors qu’un rappeur use de son droit à sa liberté d’expression, les mêmes s’indignent. C’est à n’y plus rien comprendre.

Le film La Marche, qui sortira mercredi, est un film d’intérêt public. Pour les petits, pour les grands, pour les anciens, les prochains, ceux qui viennent d’ici ou de là-bas. Il est tout à fait indigne de gâcher de la sorte sa sortie pour une phrase d’un morceau dans lequel on dit aussi « marche des frères, marche des sœurs, s’ils en ont marre des nôtres, c’est qu’ils en ont marre des leurs ». Tout est tellement bien dit.

Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah

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