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Roch Hachana pour tous. Non, Chorba pour tous. Je ne sais plus trop. Cette année, le premier jour de Ramadan coïncide avec le Nouvel An juif, 5768 dans le calendrier hébraïque. Jeudi 13 septembre, en cette fin d’après-midi, des centaines de juifs, hommes et enfants, empruntent le trottoir des chiffres impairs de la rue de Crimée. Ils se rendent à la synagogue. En face, au 168, à l’adresse de l’association Une chorba pour tous, Lila la musulmane gratifie de ses vœux les fidèles de l’autre religion: « Bon chanatova, bon chanatova« , répète-t-elle. Des sourires lui répondent. Le 19e arrondissement de Paris abrite la plus forte communauté juive de la capitale ainsi qu’une importante population arabo-maghrébine. Il n’y a probablement pas ailleurs en France d’endroit où la cohabitation entre juifs et musulmans soit à ce point marquée.

« La chorba est très consistante, explique Lila, l’une des 200 bénévoles de l’association : carottes, courgettes, céleri, oignons, pois chiche, vermicelles, coriandre, menthe fraîche, cannelle, sel, poivre noir, poivre rouge, concentré de tomate, tomate. Et du mouton, bien sûr, dans le collier. » Six heures de cuisson dans sept énormes marmites posées chacune sur un réchaud relié à une bonbonne de gaz. C’est au 168 que cette soupe revigorante – traditionnellement servie comme premier plat au Maghreb dès le jeûne rompu (et plat unique quand on est pauvre) – est préparée par des femmes: Samia la cuisinière chef, Zouleikha, Malika la Marocaine, Hadja qui a fait le pèlerinage et qui est « mieux avec nous que seule chez elle« , Lila et tant d’autres.

Les hommes, dont David, un voisin juif, obéissent aux ordres et portent le lourd. Lilou Hasni, « comme le chanteur« , Rachid Merniche, « vous voulez seulement mon prénom ? Attendez, je vous donne mon nom« , prêtent leurs muscles. Ils transbahutent les marmites de chorba bouillante dans la camionnette qui fait la navette entre la rue de Crimée et la rue Riquet, où un chapiteau a été dressé par l’association. Des centaines de repas – de 1500 à 2000 à mesure qu’on progresse dans le mois de jeûne – y sont chaque jour servis.

Samia, dans sa cuisine, arrose d’une lampée d’eau de fleur d’oranger son mouton aux pruneaux, « laham lahlou, viande sucrée en arabe, un plat typiquement algérien« . « Ça, c’est pour les bénévoles. Vous voulez goûter ? » Samia a fait toutes les campagnes de délogement et relogement de Paris. Un jour virée, recasée l’autre. L’abbé Pierre, les Enfants de Don Quichotte sur le Canal Saint-Martin, elle a vécu tout ça, victime ou main tendue. « J’ai cinq enfants, tous ont été atteints de saturnisme« , dit-elle en touillant dans sa marmite. Elle parle vite, a des formules que Lakhdar Smadhi, le président d’Une chorba pour tous, préférerait ne pas entendre. Parce que c’est exagéré, parce que ça donne une mauvaise image. Parce que l’exception n’est pas la règle. « Je vais vous dire une chose, les toxicos, ils se font leur shoot. Eh bien moi, je leur fais des shoots de chorba. » Ça y est, Samia l’a dit.

« Hou lala, qu’est-ce qu’elles vous ont dit les femmes ?« , questionne Lakhdar Smadhi, en pleins préparatifs sous le chapiteau. Il veille à la bonne installation des tables et au reste. Dans une heure, c’est la rupture du jeûne. « Nous sommes une association laïque, non cultuelle, notre seul but c’est de remplir les ventres« , précise-t-il. Pour lui, ça s’est produit il y a quinze ans. « J’étais seul, pas en famille. Passer le Ramadan tout seul, c’est pas vraiment ça« , raconte-t-il. La plupart des bénévoles d’Une chorba pour tous ont traversé ces moments de solitudes, plus durs que la faim. Place, maintenant, aux paroles et images recueillies par Chou auprès des « invités » du chapiteau.

Antoine Menusier

Chou Sin

Antoine Menusier –

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